Comment apprendre une langue vivante

 
La langue arabe est parlée par près de 350 millions de personnes dans le monde. C’est la langue nationale des 23 pays de la Ligue arabe. C’est l’une des six langues officielles utilisées aux Nations Unies. Ces données chiffrées nous indiquent le véritable potentiel de cette langue, une langue de culture, de commerce, d’échanges, de sciences… Pourtant, selon nombre d’observateurs de l’enseignement au Maroc et un peu partout dans le monde arabe, malgré les atouts qu’il présente, l’apprentissage de l’arabe est à la traîne, sa qualité régresse, et l’intérêt qu’il pourrait susciter s’amenuise. Pourquoi donc ?
«Dès ma jeunesse, je me suis évadé du dictat des règles de la langue arabe en allant me réfugier dans la poésie arabe qui m’a touché par sa beauté», souligne à ALM Yassin Adnane, Poète, journaliste et professeur d’anglais, qui écrit ses recueils et nouvelles exclusivement en arabe. Ainsi, coupé de la créativité, de l’aspect vivant de cette langue, l’élève perd tout goût d’apprentissage. «Une fois qu’il ferme la porte de sa classe, l’enseignant oublie que cette langue est vivante, dont les textes ont été créés par des gens qui ont aimé, haï, ri et pleuré…pour confronter l’élève à un arsenal de concepts et de métalangage inaccessibles et sans aucune âme», déplore Hakim Amri étudiant chercheur en langue arabe. Pour Sami Moussa, président de l’Association de défense de la langue arabe, «il faudrait bannir ces règles de grammaires explicites inaccessibles et n’en garder que les plus essentielles pour mettre l’élève dans le bain linguistique». Par ailleurs, la personnalité des professeurs et leur culture permettent de faire aimer ou non à l’élève cette langue, estime Sami Moussa, également ancien enseignant de français. Pour leur part, les professeurs de la langue arabe disent pâtir à certains niveaux d’un programme scolaire imposé et des textes sélectionnée, aux meilleurs des cas arbitrairement. «Il faudrait apprendre à faire découvrir le véritable plaisir que procure cette langue. Ce n’est pas parce que ceux qui peuvent utiliser l’arabe manquent entre autre de méthodologie scientifique que cette langue n’est pas scientifique», explique Sami Moussa, pour qui «l’arabe est dénigré, parce que tout simplement l’homme est hostile à tout ce qu’il méconnaît». Pour Yassin Adnane, «par certaines représentations mentales,  la société marocaine en général n’a pas toujours un bon égard par rapport à la langue arabe. Les gens se sentent plus libres en s’exprimant en darija. La langue française est  pour d’autres celle de l’ouverture d’esprit, la langue du mode du travail et des affaires, la langue de l’ascension sociale. La langue arabe est un capital culturel et civilisationnel énorme qui n’est pas reconnu en tant que tel par le commun des Marocains». C’est pour cela que selon les différents observateurs, outre les solutions pédagogiques nécessaires, il en faut de la volonté politique pour valoriser cette langue dans le cadre d’une approche globale, innovante et ouverte sur le monde qui implique des spécialistes et des gens cultivés et lucides, loin de tout sentiment d’infériorité (monolinguisme, théorie de complot…) et de calcul politiciens. Tout ceci, pour que les Marocains se sentent fiers, à l’aise, dignes et respectés dans leur langue, sentiment que Yassin Adnan qualifie de «sécurité linguistique» (voir entretien).


 Langue arabe et créations

La langue arabe recèle un riche patrimoine civilisationnel et culturel. Preuve en est les différentes disciplines qui y recourent : littérature, philosophie, musique, science et médias entre autres. Même la langue française fait usage de la langue arabe. Près de 3000 mots français viennent de l’arabe : algèbre, alcool, calife, coton, gazelle, etc. Les écrits littéraires du romancier égyptien Naguib Mahfoud, du philosophe et écrivain libanais Jubran Khalil Jubran, du poète palestinien Mahmoud Darwish, des philosophes Avicenne (Ibn Sina) et Averroès (Ibn Rushd) abondent de belles expressions arabes classiques. Les chanteurs arabes comme Oum Kalthoum, Fairouz, Farid al Atrash, laissent libre cours à leurs voix grâce à ce patrimoine. Le système décimal actuel dérive de la civilisation arabe. Ce sont les Arabes qui désignèrent le 0. Le mot «algorithme» vient du nom du grand mathématicien Al Khwarizmi, qui est le père de l’algèbre. C’est aux scientifiques Arabes que l’on doit aussi la désignation des inconnues par la lettre.Les médias parlent la langue arabe tels que France 24, Al-Jazeera et BBC arabic.

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