Communauté juive de Casablanca : ne rien changer

Afin de confirmer la « différence » existante, à leurs yeux, entre les « indigènes » musulmans et juifs, les autorités françaises du protectorat avaient ordonné, en 1926, par voie de décret, la constitution, dans chaque ville et dans chaque village, d’un « Comité de la communauté israélite ». Ce « Comité », nommé par le Contrôleur civil ou par l’officier des Affaires indigènes, comprenait les notables juifs de la localité et, plus rarement, un ou des rabbins.
A partir de 1946, un autre décret, inspiré par la Résidence générale, créa un « Conseil des comités de la communauté israélite du Maroc », doté d’un secrétaire général, dont les attributions dépassaient très largement le simple cadre religieux,et s’étendaient, par exemple, au domaine social. C’était là le fruit des circonstances et des nécessités, en raison de la difficile situation matérielle du judaïsme marocain, au lendemain d’une guerre qui avait vu la promulgation, par le colonisateur, de mesures discriminatoires envers les Juifs, et l’institution de restrictions dans bien des domaines, notamment celui du ravitaillement.
J’ai publié plusieurs « Libres opinions » sur la nécessité d’une réforme en profondeur des « institutions communautaires juives » en vue de leur intégration, à l’exception des institutions religieuses », dans la vie de la nation. Je me fondais sur l’exemple montré par l’école Al Ittihad qui, tout en dispensant aux élèves juifs un enseignement religieux spécifique, a adopté un cursus d’études « généraliste », en harmonie avec les programmes fixés par le ministère, et scolarise de manière paritaire Juifs et Musulmans.
Je dois à présent reconnaître que je me suis trompé. Oui, j’ai fait une erreur en mettant en cause les institutions communautaires existantes. Car, dans plusieurs villes, elles fonctionnent pour le mieux.
C’est le cas, tout d’abord et essentiellement, de Casablanca. Mais cette remarque vaut également, comme je puis en témoigner pour Rabat, Marrakech, Fès, Agadir, Meknès et Tanger.
Dans ces dites communautés, à commencer par Casablanca, les dirigeants, que je connais personnellement, se consacrent avec efficacité et dévouement à leur mission afin de satisfaire les besoins communautaires juifs. Ainsi, Boris Toledano est un homme d’action qui se dévoue en faveur, plus particulièrement, des nécessiteux. Son épouse, Yolande Toledano, veille, depuis plus de vingt ans, sur la bonne marche du « Centre des vieux » de Casablanca. Elle apporte à chaque pensionnaire âgé la part de chaleur familiale et d’affection auquel il a droit.
Cela vaut aussi pour les présidents des communautés de Meknès, de Rabat, de Tanger et Marrakech, avec mon ami Jacky Cadoch, qui remplissent leur rôle avec compétence et dévouement.
A mon âge, il est nécessaire d’assumer ses erreurs et de tenter de les corriger, surtout lorsque des événements douloureux, comme les explosions de Casablanca, le 16 mai 2002, imposent une révision de ces opinions par-delà les sentiments douloureux qu’ils provoquent et qui m’ont bouleversé comme tous nos concitoyens. C’est pourquoi je suis heureux aujourd’hui de féliciter Boris Toledano, président depuis des années du Comité de la communauté de Casablanca et son épouse Yolande, qui font tant à la fois pour les Juifs de Casablanca et pour ceux du Maroc en général. Cela dit, là où des changements s’avèrent nécessaires dans l’intérêt de la nation, il faut évidemment y procéder sans tarder…

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