Contre la culture de la haine

ALM : D’abord, comment définissez-vous le racisme et la haine?
Jamal Berraoui : Notre définition est celle universellement adoptée. Il s’agit de toute exclusion sur la base de la race, de la religion, ou du sexe, ainsi que toute autre forme d’exclusion quelle qu’elle soit.

Comment l’idée de la création  de cette organisation est-elle née?
En fait, notre organisation, qui est née dans un contexte particulier, est marquée par la date de sa naissance. Elle intervient au lendemain des attentats terroristes du 16 mai qui constituent un moment fort marquant dans l’histoire du Maroc.
La veille de la marche du 25 mai, nous nous étions déplacés aux "carrières Thomas", et nous y avons constaté la nécessité d’initier un travail de terrain pour défendre les valeurs de la solidarité et de la tolérance contre l’idéologie intégriste rampante. D’ailleurs, nous avons rencontré des jeunes qui nous ont manifesté leur besoin d’un cadre associatif pour y militer contre le racisme, la haine de l’autre et le rejet des impies qui, dans leur extrémité, conduisent à la tuerie.

Votre objectif sera-t-il axé sur la dénonciation ou sur la détection des dérapages ?
Notre rôle essentiel sera celui d’extirper la culture de la haine là où elle existe. Qu’il s’agisse des manuels scolaires, des quartiers ou des usines.
Pour ce faire, nous ne nous contenterons pas de faire des communiqués pour dénoncer des faits. Notre organisation se consacrera plus à un travail de terrain et de contact avec les masses.
Il y aura un observatoire qui ne fera que recueillir tout ce que l’on détectera sur le terrain. Ainsi, si, par exemple, un enseignant exige de ses élèves de porter le voile, on le dénoncera et l’on se mobilisera contre son attitude. Il y aura aussi des publications et des compte-rendus que nous publierons et qui constitueront la partie médiatisée de notre action. Mais, l’essentiel de notre travail sera sur le terrain. À cet effet, nous prévoyons une centaine de sections dans tout le territoire national.

Nous avons remarqué que toute initiative de ce genre est immédiatement accusée par les islamistes d’être dirigée contre l’islam. Que leur répondrez-vous?
On leur répondra que cela constitue en lui-même un discours de la haine. Le problème avec les intégristes est qu’ils disent vouloir réislamiser la société marocaine. En faisant cela, ils traitent tous les Marocains d’impies et c’est ce qui conduit aux dérapages qui ont abouti aux attentats du 16 mai.
En ce qui nous concerne, nous n’attaquons aucune religion et nous n’avons aucune visée contre l’islam. Nous allons nous battre pour que toute personne puisse vivre sa foi en respectant la démocratie et la liberté des autres.

Qui peut adhérer à votre organisation ?
Elle est ouverte à tous ceux qui partagent les mêmes valeurs que nous. Nous avons tenu dès le départ à ce que l’adhésion se fasse en nom personnel pour éviter des expériences malheureuses où l’on a commencé aussitôt après la création à parler de quotas…
L’OMCRH s’attachera à rester indépendante des tendances partisanes, mais nous n’excluons pas de collaborer avec toutes les organisations qui travaillent dans le même sens que nous.  Par exemple, tout ce que nous allons faire dans l’enseignement, nous espérons le faire en collaboration avec les syndicats de l’enseignement national.
Car, ces syndicats partagent les mêmes valeurs que nous. Pour combattre le discours de la haine dans nos écoles et nos lycées, il est tout à fait souhaitable de le faire avec les syndicats de ce secteur.

Et qui n’est pas le bienvenu dans votre organisation ?
Tous ceux qui prônent le discours de la haine. En clair : il n’y aura pas de militants du PJD dans notre organisation, car, nous considérons que ce parti est l’un des éléments qui appellent à ce discours. Et ce qui s’est passé le 16 mai est le résultat de cette culture.  À un autre niveau et à titre d’exemple, nous avons enregistré une demande d’adhésion de Khaled Soufiani, elle est soumise à notre organisation.
C’est elle qui, en dernière instance, décidera d’accepter sa demande ou pas. Mais, pour vous parler franchement, je vous dirais que moi, à titre personnel, je suis opposé à cette adhésion dans la mesure où le parcours de M. Soufiani a parfois croisé des gens qui ont des valeurs qui ne sont pas les nôtres et contre lesquels on se mobilise aujourd’hui. M. Soufiani peut accepter de manifester avec qui il veut mais pour ma part, je ne suis ni pour la confusion des valeurs ni la confusion des genres. Les extrémistes marocains ont souvent profité des grandes mobilisations nationales pour les détourner de leur sens et de faire sur elles ce que l’on peut appeler une OPA de valeurs.

Quels seront les outils que vous utiliserez pour les combattre ?
C’est d’abord l’outil humain. Nous allons à partir de cette fin de semaine structurer la commission préparatoire.
Ensuite, nous allons procéder à la création de la commission pour l’observatoire de la haine, une commission qui va s’attaquer au problème éducatif et une commission juridique chargée de détecter les lacunes législatives en la matière. Nous créerons aussi un groupe de travail qui se penchera sur certains dérapages dans le monde de la culture et de l’art afin de lutter contre tout ce qui est de nature à propager le racisme et la haine à travers des créations culturelles.

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