Correspondance particulière : À la redécouverte de la Mauritanie (2)

Correspondance particulière : À la redécouverte de la Mauritanie (2)

A la question de savoir si les engagements exprimés par le Comité militaire au lendemain de "la rupture" seront tenus, la réponse du président du "Conseil militaire pour la justice et la démocratie" – chef de I’Etat, le Colonel Ely Ould Mohamed Vall, se fait immédiate sur un ton calme et volontaire. «Oui, toutes les promesses seront tenues. Nous voulions, et nous voulons toujours, changer complètement le système, basé en réalité et fonctionnant sur le modèle du parti unique».
En 1991, une Constitution avait été promulguée, “prônant apparemment, avec l’annonce du multipartisme, une possibilité d’alternance”, base essentielle de la démocratie réelle et soubassement des libertés.
Le colonel Vall affirme que tout cela n’a été dans les faits qu’«un leurre», puisque il a été constaté très vite que l’ancien président Ould Tayaâ n’a voulu mettre en place qu’un nouveau parti de type unique, camouflé entièrement à sa dévotion. Le “Parti républicain démocratique et social”, au lieu de s’insérer dans une logique de multipartisme, s’est très rapidement mué en une machine totalitaire embrigadant, happant très vite la masse des fonctionnaires et des agents de l’Etat. Ils y ont été “engouffrés dedans à 90,95%…”.
Les conséquences ont été que les institutions du pays-Parlement, conseils locaux et autres ont viré, comme de juste, à la teinte “monocolore”. Cette “dérive grave” jurait avec les transformations que connaissaient l’environnement régional et tout ce qu’on vivait dans “un monde en pleine mutation démocratique”.
Comment alors, se demande notre interlocuteur, pouvait-on penser que “l’alternance politique” avait, dans ce cadre d’“annihilation des relations des libertés” après “le rajout scélérat de l’article 104 à la Constitution”, espérer une évolution satisfaisante des choses pour les démocrates ?
L’adjonction, après coup de cet article 104, permettait à tous les silences de la Constitution d’alors le recours dans nombre de domaines, à la jurisprudence d’auparavant.
“Les erreurs et les dérives” devaient être impérativement stoppées et au plus pressé. Des mesures d’élargissement de détenus, des permissions de retour au pays ainsi que des professions de foi démocratiques ont été, tout de suite, proclamées et prises. Toujours dans la foulée immédiate du “Changement”.
Le dimanche 25 juin dernier, une première manifestation du dessein, à long terme, des membres du “Conseil militaire pour la justice et de la démocratie”, qui a consisté à proposer au peuple mauritanien une mouture nouvelle de la Constitution, a été un vrai succès et “un gage” que le processus ira vraiment “jusqu’au bout”. Le référendum, précédé d’une campagne marquée par une ferveur plutôt maîtrisée, a eu des résultats réjouissants pour l’équipe au pouvoir, le “C.M.J.D” avec sous sa coupe le gouvernement reconduit dans son ensemble. Certes, on appréhendait une réponse positive du corps électoral (989.798 personnes des deux sexes sur une population estimée à 3,08 millions d’habitants), mais il fallait mesurer l’ampleur de l’acceptation du nouveau texte.
Les chiffres officiels, publiés par le ministère de l’Intérieur, des Postes et des Télécommunications, ont été sans équivoque. Le texte a été approuvé par 96,9% des votants et rejeté par 1,41%. Seule une proportion de 1,61% se sont déclarés “neutres”. Ces données font écrire à la presse nationale mauritanienne arabophone et francophone que ce fut là un “raz-de-marée, eu égard à la timide campagne référendaire”.
Quelques critiques ont sévi, ici et là, dans la presse notamment, mais rien qui puisse porter à conséquence.
Il a été surtout relevé que le taux de participation en lui-même est peut-être la preuve de la sincérité de la consultation et de la rigueur de son déroulement, puisque il se monte à un niveau raisonnable et acceptable, comparable à ce qui ressort à l’issue de votations dans les pays respectant les règles démocratiques.
Le président Vall est apparu soucieux de marquer toutes les initiatives prises par le nouveau régime « transitoire » du sceau de la crédibilité, seule condition pour lui et pour ses camarades de pouvoir aller “résolument” de l’avant.
C’est pourquoi la Constitution adoptée le dimanche 25 juin se veut, à côté de principes généraux exprimés antérieurement, différente par l’introduction de modifications importantes dans ses titres concernant le pouvoir exécutif ou la révision de la Constitution elle-même.
Nous en verrons les divers exemples concrets dans la prochaine édition.

De Nouakchott Abdellah Stouky

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *