Courrier-des-lecteurs : Démocratie et bonne gouvernance

Les partis politiques seraient–ils en crise de légitimité ? Seraient-ils des acteurs complètement coupés du public au point de jouer devant une salle vide ? Peut-on rapporter la crise que vivent ces organisations à une pratique avérée de la « politique politicienne»? Autant de questions auxquelles d’aucuns seraient tentés de répondre par l’affirmative en situant le débat à trois niveaux d’analyse :
Déjà au niveau des discours, une standardisation frôlant la banalisation , fait que les mêmes propos sur les mêmes thèmes exprimés par le moyen des mêmes concepts sont aujourd’hui communément utilisés par tous au risque de rendre leurs contenus ordinaires et leurs sens politiques moins accrocheurs. Ces concepts, imposés par des faits au demeurant réels, réquisitionnés par les uns et par les autres, meublent les discours de toutes les occasions. Ils énorgueillent les orateurs des mercredis et enchantent les éditorialistes qui se relisent avec satisfaction après édition.
Ainsi pour traiter de la chose publique, gauche et droite versent dans des exercices de constat et prennent l’analyse de l’existant à la fois comme moyen et comme but.
Ces discours sur l’état des choses, amputés comme ils le sont de l’essentiel, en ne proposant ni solutions crédibles ni remèdes à efficacité vérifiée aux problèmes économiques et sociaux que connaît le pays, démontrent l’indigence qui caractérise les programmes de certains partis et lèvent le voile sur la légèreté voire sur la superficialité avec lesquelles l’on traite les questions qui conditionnent l’avenir de tout un peuple. Le délai de grâce que certains médias accordent, par je ne sais quelle logique, aux gouvernements après nomination, soi-disant «pour se familiariser avec les dossiers», en est la preuve concrète. L’équipe Zapatéro n’a pas attendu des mois pour prendre des décisions qui engagent l’Espagne sur des questions ultra-sensibles.
Sur un autre niveau et non des moindres, relatif celui-là au recrutement et à la formation des élites, le plus futé des analystes se perdrait aujourd’hui à vouloir en fixer nettement les modes et faire les différenciations entre les partis en présence.
Ainsi dans tous ces milieux, depuis les conservateurs jusqu’à la gauche en passant par le centre, la droite et les islamistes modérés, la cooptation des élites ( en particulier celles destinées à exercer des responsabilités) semble emprunter beaucoup plus aux schémas de type «tribal» ( mais après l’avoir amputé à son tour des principes qui ont, quoi qu’on en pense, donné des Jemaâ où la solidarité règnait et où les décisions se prenaient après accord de tous ses membres), qu’elle ne se réfère franchement à des positionnements idéologiques et à des critères se rapportant au militantisme et au mérite . «Tribalisme» non pas au sens éthnico-sociologique d’antan, mais «tribalisme» étendu, évolution oblige, à des réseaux constitués destinés à la satisfaction d’intérêts divers d’ordre économique, corporatiste voire régionaliste. L’emprunt aux schémas type «Zaouia» est également de mise et permet de mettre en selle sa progéniture en usant du cadre partisan dans l’ultime tentative de conservation de privilèges par des familles bourgeoises de plus en plus inquiétées par l’arrivée sur la place de nouveaux riches.
Enfin, d’autres nostalgiques du passé campant toujours sur les ruines d’un notabilisme dépassé, tentent désespérément d’en maintenir une représentation en phase de décomposition avancée. Le troisième niveau charge les partis politiques du délit de non assistance aux collectivités locales ( communes, villes, préfectures, provinces et régions ) et d’entrave à la consolidation de la décentralisation pour cause de mauvaise gestion, non aboutissement des aménagements de base, dilapidation et autres malversations.
Ces partis sont responsables moralement (pourquoi pas pénalement si demain une loi venait à le stipuler) des actes et des comportements de leurs élus .
Sachant que l’investiture des candidats aux élections (locales ou législatives) est un grand moment pour les états – majors des partis et qu’elle constitue un acte déterminant dans le processus électoral , on peut conclure aisément que la qualité de l’élu ne dépend finalement que de cette «pré-sélection» qui relève exclusivement des prérogatives des partis politiques.
Si donc toutes ces organisations , chacune en ce qui la concerne, ne retenaient sur leurs listes que les éléments à compétence prouvée, crédibles et honnêtes (Oulad Nass), quel que soit le choix des électeurs, les individus élus, abstraction faite de leur couleur politique, seraient d’un bon cru. Et la gestion de ces collectivités ne se porterait par conséquent, que mieux.
Voilà pour le cadrage d’un champ politique partisan que d’aucuns jugeront exagéré et que d’autres trouveront plus au moins descriptif d’une réalité non pas dramatique mais gérable à long terme si toutefois une loi sur les partis suffirait, à elle seule, d’influer sur les comportements et sur les pratiques.
Quant aux citoyens, irrités plus que mobilisés par cette situation et ne voyant rien venir, ils manifestent des signes qui expriment un désintérêt consommé à l’égard de ces organisations. Ceux d’entre eux qui militent au sein des partis désertent sur la pointe des pieds ou entrent en dissidence déclarée. A défaut de «feuille de route» pour les guider, ils se rétractent par absence de tout repère. Heureusement que l’essentiel de ces repères, ce peuple les doit encore une fois à son Roi, seul capable à ce jour de formuler des objectifs politiques et sociaux rassembleurs et de fixer les étapes à franchir, intégrant le matériel et le spirituel, le présent et le futur, dans une authentique vision globale. La mise en oeuvre du projet sociétal démocratique et moderniste qui concrétise cette vision globale, incombe en premier et dernier lieu aux partis respectueux du grand peuple marocain et de son Histoire et soucieux de l’instauration de la démocratie d’abord en interne avant d’ en réclamer l’application à l’échelle du pays. Les autres, qui persévèrent dans la politique politicienne et pour qui la politique n’est que source d’enrichissement et moyen de marchander des postes, ne font que prendre en otage et la démocratie et la bonne gouvernance du pays.

• Meziane Mohamed

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