Courrier des lecteurs : «Eau secours… »

Courrier des lecteurs : «Eau secours… »

L’eau serait-elle en péril ? La gestion irrationnelle de ce qu’il y a de plus précieux sur terre risque –t – elle de mettre l’avenir de l’humanité en danger ?
 Il sera sage de se poser ces questions de temps à autre , de s’inquiéter en s’interrogeant sur ce qui adviendrait au cas où l’homme en arriverait à manquer subitement de cet élément considéré comme le plus précieux sur terre. Graves, en effet, seront les conséquences que l’homme risque de supporter un jour du fait du gaspillage effréné de l’eau, de sa pollution ou de la demande de plus en plus accrue par la société industrielle (Savez-vous que la fabrication d’une seule voiture implique l’emploi de… 11000 litres d’eau ?).
L’eau, cette source de vie, cet élément incontournable mais aussi incontrôlable quand on pense aux inondations, aux sécheresses ou aux pollutions dues au développement frénétique (et incontrôlé lui aussi) de l’activité humaine, est en péril. Le constat est alarmant puisque dans plusieurs régions du monde on remarque la pénurie d’eau et des appels de détresse à la communauté internationale sont lancés d’une manière pressante et incessante. La conscience planétaire est aujourd’hui interpellée pour que soit menée une réflexion globale afin d’entreprendre une action urgente en matière de gestion et de sauvegarde de ce qu’il est convenu désormais de considérer comme une question de vie ou de mort pour l’humanité.
En effet, la croissance démographique, l’intensification de l’activité économique et la prolifération de toute une panoplie de produits chimiques continuent de mettre en péril de nombreux cours d’eau, de plus en plus incapables de se régénérer , ce qui menace de façon notable les écosystèmes aquatiques et fait ainsi perdre des ressources en eau dont l’homme a besoin. Pour les hydrologistes, les ingénieurs et les spécialistes en matière d’environnement et de contrôle de la pollution, trois grandes causes sont à l’origine de la détérioration de la qualité de l’eau douce: le rejet d’effluents industriels, l’évacuation des eaux usées domestiques et la contamination des eaux de ruissellement.
A cela s’ajoute les dépôts des polluants en suspension dans l’atmosphère. Ces polluants retombent finalement dans les lacs et les cours d’eau lorsque tombent des pluies acides, ce qui perturbe de nombreux écosystèmes aquatiques et contribue à la destruction de plusieurs espèces. Selon ces spécialistes toujours, les affluents sont porteurs de virus et de bactéries pathogènes lesquels sont associés à une forte mortalité infantile dans les pays en voie de développement puisque le nombre de bactéries coliformes décelées dans l’eau est 100 000 fois supérieur aux normes de l’Organisation mondiale de la santé qui recense que chaque année 25 millions de gens meurent de suites de maladies causées par l’eau dans les pays en voie de développement.
Par ailleurs, l’utilisation d’engrais et de pesticides constitue aussi un grave problème de la pollution des eaux. Les craintes suscitées à travers le monde par ces engrais azotés sont tout à fait justifiées : des enquêtes effectuées récemment ont en effet montré que plus de 90% des cours d’eau européens sont pollués par les nitrates et qu’un cours d’eau sur vingt contient plus de 200 fois le niveau de nitrate des eaux non polluées.
Comme la demande en eau douce est fonction de la croissance de la population, on estime que « la proportion de population, actuellement 4%, qui utilise plus de 300 litres d’eau par jour pour sa consommation domestique est passée à 17% en 2000. Même si l’on a réalisé ces dernières années des progrès importants dans les pays en développement en ce qui concerne l’approvisionnement en eau potable, il est à craindre que de tels progrès ne puissent se poursuivre sans un énorme effort financier de la part des pays industrialisés.»
Avec cet affreux scénario du réchauffement de la planète qui se profile à l’horizon, avec la raréfaction de l’eau et les conflits entre pays limitrophes qui en découlent ( penser à l’Euphrate, au Colorado ou au Gange à titre d’exemple), avec surtout cette «bombe humaine» qu’est la démographie, la communauté internationale et notamment les pays riches du Nord sont appelés à prendre conscience de l’unité de la planète et de «l’irréversible imbrication des destins des hommes qui la peuplent». Une solidarité internationale est plus que jamais nécessaire pour résoudre les problèmes d’approvisionnement en eau pour tous les habitants de la terre et accomplir des progrès dans l’amélioration de la qualité de l’eau, surtout par le traitement des eaux usées d’origine.
En 1992 , le Sommet de la Terre avait tiré la sonnette d’alarme sur la question de l’eau. En janvier 1996, lors de la rencontre de Casablanca, un comité international de réflexion sous le thème «l’eau pour tous» avait été créé. Il privilégiait la démarche de terrain et l’approche régionale en la matière. Un an plus tard , la rencontre de Penang sur « Perspectives et défis d’une gestion durable de l’eau en Asie » avait suscité de nouvelles réflexions et mobilisé bien des gouvernements conscients alors de la gravité de la problématique de l’eau.
Finalement , comme le disait Albert Jacquard, avec les défis qui se profilent à l’horizon de notre troisième millénaire, et notamment celui de l’environnement et de la pénurie de l’eau «c’est moins le nombre des hommes qui pose problème que leur comportement »….Un comportement vis-à-vis du liquide vital que seule l’Education peut changer pour que notre mère nourricière continue d’être une véritable et agréable propriété de famille.

Abderrahim Guerbali

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