Courrier des lecteurs : Fantôme invisible, fantôme visible

Courrier des lecteurs : Fantôme invisible, fantôme visible

Pas la moindre dissonance dans le discours des officiels, de la presse et de Monsieur le commun des mortels: Il faut leur régler leur compte à ces fantômes, pense tout le beau monde et le dit haut et fort, mais nul n’a songé à la récupération de tout le magot que Messieurs les Fantômes ont piqué indûment dans les caisses de l’Etat, geste qui fait d’eux des malfaiteurs en bonne et due forme ; sinon, comment admettre qu’un voleur écope d’au moins un mois de prison pour un tout petit larcin et qu’un Fantôme vole l’Etat pendant des années sans que la justice ne soit invitée à lui demander des comptes ? Ils sont partout dans les fiches de paie des soldes mensuelles et aussi partout dans les activités libérales. Les Fantômes au féminin sont souvent femmes au foyer. Le gouvernement semble chercher à décaper cette crasse à la spatule. Manifestement, on s’attendait à ce que ces esprits malfaisants se saisissent de la formule "départ volontaire" pour débarrasser le plancher de la fonction publique. "On" a même songé à l’idée de les transformer en actifs employeurs, mais rien à faire : l’habitude de téter le jus de Papa l’Etat les a embobinés au point d’en faire des cas désespérés. Comme tout sujet de jacasserie publique, celui des fantômes fait tellement jaser et, dans la grosse rumeur que soulève celui-ci, il y a de curieuses idées qui ne sont pas encore passées par la tête des Messieurs qui en veulent aux fantômes : Il y a fantômes et fantômes, les visibles et les invisibles ! C’est certes à la recherche des premiers que les pouvoirs publics fouillent le fichier du personnel des ministères. Quant aux "visibles", c’est un tout autre problème, de "visibilité", justement.
Du moment que nos responsables parlent souvent de leur "visibilité" dans tel ou tel domaine, pourquoi n’useraient-ils pas de ce "pouvoir" pour faire la différence entre le fonctionnaire qui vient justifier son salaire et le "collègue" qui vient poireauter, user le matériel de bureau et déranger les quelques pauvres intégrités encore tolérées dans l’administration. Tolérées, oui, parce qu’elles sont ultra-indispensables, sinon elles n’y seraient plus depuis longtemps. Le fantôme invisible est à n’en point douter ce qu’on pourrait appeler une ordure, bon à aller s’expliquer avec le juge comme n’importe quel "grand malfaiteur". Mais au moins, le public ne le voit pas, et c’est tant mieux. Le visible est pratiquement insupportable. Il est là sans jamais être utile à son vrai patron, qui est le contribuable. Il ne bouge que pour réclamer "sa" part des indemnités de déplacement ou pour être au service de gens à la recherche de "services douteux". Il colporte et consacre dans les rouages de l’administration une culture de la corruption. Ses traits d’"esprit" sont : "donnant-donnant", "la tête incapable de faire une rotation est une colline", "C’est dans les eaux troubles qu’on trouve à manger". Pour lui, "l’intègre est une crapule qui ne vit ni ne laisse les autres vivre". Et s’il y avait des institutions de sondage pour demander au public ce qu’il faut faire du fantôme, il n’y aurait sûrement que ses semblables pour cocher les cases où on lui fait grâce. Les causes de l’apparition du Fantôme sont connues. Maintenant, qu’on veuille bien lui faire son affaire sans y arriver, les pouvoirs publics feraient bien de rétablir le "système de recrutement normal". Cela consiste tout simplement à organiser des concours blindés contre les interventions. L’Etat y gagne à prélever la crème à mettre à son service, pour remplacer ces bras cassés qui sont partout, y compris dans la responsabilité des services.

S.M.
Rabat

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