Courrier des lecteurs : La face cachée de la mondialisation

Courrier des lecteurs : La face cachée de la mondialisation

Avions-nous jamais demandé quelle sorte de liaison unit les pays riches et les pays pauvres? Théoriquement, la réponse implique que les pays riches et les pays pauvres coopèrent pour trouver des stratégies et des plans d’ajustement permettant un équilibre à la fois économique et social. Sur le terrain, la loi du silence et celle du plus fort laisse les pays pauvres dans une position d’exécutant.
Les pays en voie de développement en général, et le monde arabe en particulier, sont sous l’anesthésie de la dette. Ils sont tellement faibles face aux pays industrialisés et tellement incompréhensibles de leurs peuples, que ces derniers se demandent qui gouverne leurs pays et protège leurs intérêts. Il est intéressant de citer le cas du Maroc. Un pays qui est très avancé au niveau de la libéralisation de son marché et qui se mondialise. En fait, c’est le deuxième pays arabe qui a signé un Accord de Libre-Echange (ALE) avec les Etats-Unis après la Jordanie, d’autres pays se soumettront. Mais quelle sorte de mondialisation a-t-on choisie? Humaine ou coloniale ? C’est dans cette perspective qu’il faut mesurer le coût d’opportunité de ce changement. Est-ce un changement voulu et planifié ou une déréglementation imposée et appliquée à l’autruchienne ? Nul besoin d’être un génie pour découvrir la fragilité des pays arabes.
Entre eux c’est la tricherie, la fausse transparence et l’absence de solidarité. Avec l’Occident, c’est de la soumission pure et simple. Beaucoup de livres, d’études et d’articles ont été écrits sur les avantages, les inconvénients ainsi que les effets de la mondialisation. Les uns, altermondialistes, vilipendent une mondialisation hypocrite qui sert seulement les intérêts des pays riches et en négligent souvent ses avantages. Les autres, néo-mondialistes, en chantent les apports car elle contribue à la stimulation de l’économie locale. Et ces derniers sont encore plus injustes. Qu’est-ce que cette mondialisation qui inspire simultanément tant de critiques et tant d’éloges ? Pour comprendre ce qui va ou ne va pas, tournons-nous vers les trois grandes institutions qui gouvernent la mondialisation: le Fonds monétaire international (FMI), la Banque mondiale (BM) et l’Organisation mondiale du Commerce (OMC). Elles ont été au cœur des plus grands problèmes économiques des deux dernières décennies, dont les crises financières et la transition des pays ex-communistes vers l’économie de marché. Le FMI et la BM sont devenus des institutions missionnaires chargées d’imposer l’idéologie du libre marché aux pays pauvres réticents, mais qui ont souvent besoin de leurs prêts et de leurs dons. Tout a commencé dans les années quatre- vingt, en 1983 pour être plus précis, lorsqu’on a accepté d’appliquer le Plan, ou prêts, d’Ajustement Structurel (PAS) accompagné de politique d’austérité. Ce dernier a été élaboré par le FMI et la BM pour aider les pays pauvres à ajuster leurs politiques budgétaire et monétaire et contrôler leur déficit. Seuls les pays ayant accepté de suivre la thérapie de choc consignée par les créanciers ont reçu une aide financière sous forme de prêts. Citons, comme exemple parmi d’autres, les nouvelles craintes annoncées par le FMI face à la situation critique actuelle du Maroc. Pour remédier à cette situation, le FMI insiste sur un nouveau PAS. Après vingt ans, le FMI constate l’échec de son premier plan imposé au début des années quatre-vingt. Comment peut-on vérifier que ce nouveau plan, en phase de réalisation, va corriger la structure déficitaire actuelle du Maroc ? Pour récompenser cette initiative, le conseil d’administration de la BM a approuvé, le mercredi 9 février 2005, un prêt d’un montant de 80 millions de dollars destiné au financement du Programme d’appui à la réforme du système éducatif marocain. Les faits montrent qu’en réalité, l’objectif des créanciers est de s’assurer que les pays endettés continuent à rembourser le service de la dette. Grâce à cette dette, le FMI et la BM obligent les pays endettés à orienter leur politique macroéconomique selon les intérêts des créanciers. En cas de crises ou d’incapacité de remboursement, les deux institutions font en sorte que les créanciers soient remboursés, et ce quelle que soit la situation de la cible.
Les esprits attachés à la démocratie voyaient combien la conditionnalité bafouait la souveraineté nationale. Tout contrat de prêt stipule des conditions fondamentales qui touchent la capacité de remboursement. Mais le mot conditionnalité désigne des conditions plus rigoureuses, qui transforment souvent le prêt en arme politique. Si le FMI, par exemple, veut qu’un pays libéralise ses marchés financiers, il peut lui remettre l’argent de prêt en plusieurs fois, en liant chaque versement à une étape vérifiable de libéralisation. De ce fait, Les institutions internationales avancent dans l’accomplissement de leur mission. Un démantèlement économique et sociale des PED, une restriction du rôle de l’État dans l’économie, en privatisant les entreprises étatiques, et une colonisation des marchés mondiaux via le concept de la mondialisation imposée. Parmi les conséquences de cette politique coloniale, les pays en développement sont devenus des exportateurs de capitaux au bénéfice des pays riches. Les Etats d’Occident ont poussé les pays pauvres à démanteler leurs barrières douanières, mais ils ont conservé les leurs, empêchant ainsi les pays en développement d’exporter leurs produits agricoles et les privant d’un revenu à l’exportation dont ils avaient désespérément besoin.
La mise en œuvre de théories économiques erronées n’aurait pas posé de problèmes si la fin du colonialisme d’abord, celle du communisme ensuite, n’avait donné au FMI et à la BM l’occasion d’élargir et d’étendre leur champ d’action. Aujourd’hui, ces institutions sont devenues des acteurs dominants de l’économie mondiale. Les pays qui sollicitent leur aide, mais aussi ceux qui recherchent leur approbation pour avoir une meilleure image sur les marchés financiers internationaux, doivent suivre leurs prescriptions économiques, lesquelles reflètent leur idéologie et leurs théories de libre marché. Le résultat à été pour bien de gens la pauvreté, et pour bien des pays le chaos social et politique. Malheureusement, nous n’avons pas d’Etat mondial responsable envers les peuples de tous les pays, pour superviser les progrès de la mondialisation, comme les Etats-Unis et d’autres Etats nationaux ont guidé ceux de la nationalisation.
Notre système, c’est une gestion mondiale sans gouvernement mondial. Une intégration internationale et une désintégration locale. Un système où dominent quelques institutions (BM, FMI, OMC) et quelques acteurs (ministres des Finances, de l’Industrie et du Commerce), mais où beaucoup de ceux qui sont touchés par leurs décisions n’ont pratiquement aucun droit de parole. On ne demande plus si la mondialisation est mauvaise ou bonne. C’est une force puissante qui s’est révélée principalement bénéfique pour certains. Mais, parce qu’elle a été mal gérée, des millions de personnes n’ont pas joui de ses bienfaits. Le défi auquel nous sommes confrontés aujourd’hui est le suivant : comment réformer la mondialisation pour qu’elle ne serve pas seulement les riches et les pays industriels avancés, mais aussi les pauvres et les pays moins développés. Et pour citer le slogan de la BM : nous voulons un monde sans pauvreté.

Hassan Akdim
Canada

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