Courrier-des-lecteurs : La peste des temps modernes

Depuis la XIVe Conférence internationale sur le sida, tenue en 2002, six millions de personnes sont mortes et dix millions ont été infectées. Un sommet. Il est clair que les campagnes de prévention orchestrées de par le monde n’ont pu conjurer le mal, et ce n’est pas demain la veille. Se tient cette semaine à Bangkok la XVe Conférence, sous le thème «Accès pour tous aux traitements».
Un thème vertueux, mais combien utopique, quand on sait que ce sont surtout les sidéens des pays en développement qui écopent (moins d’une personne sur dix y a accès à des traitements), que les médicaments, bien que plus abordables qu’avant, sont encore hors de prix là-bas, alors que les contributions des pays riches plafonnent, voire fléchissent, et qu’il y a d’autres maladies dévastatrices auxquelles il faut faire face, sans oublier les famines, les guerres, etc.
L’un des tragiques mais évidents travers du sida, incurable, c’est que plus longtemps vit un individu porteur du virus de l’immunodéficience humaine (VIH), plus de gens il risque d’infecter. Et comme les jeunes de 15-24 ans constituent la moitié de toutes les nouvelles infections dans le monde[4], on n’est pas sortis de l’auberge. On estime que si le fléau s’étend pour de bon à l’Asie, où vit 60 % de l’humanité, ce sera la catastrophe.
Et plus cette pandémie sèmera la mort sur son passage, plus les fondamentalistes de tous crins profiteront, qui stigmatiseront les nouveaux Sodome et Gomorrhe, affaiblissant d’autant les modérés et les laïques. Voilà pourquoi il est urgent de canaliser les efforts de la recherche et d’obtenir des fonds importants pour trouver une fois pour toute le vaccin qui rende inoffensif le virus. Les compagnies pharmaceutiques, avec leur poule aux oeufs d’or que constituent les cocktails antirétroviraux administrés pendant des années, doivent emboîter le pas. Aux tourments endurés par les sidéens et les séropositifs s’ajoute l’ostracisme dont ils sont frappés.
Un réflexe atavique chez les séronégatifs, car, depuis longtemps, le plus sûr moyen de combattre les épidémies consiste à circonscrire, à isoler, à tenir à distance (dernier exemple: le SRAS). Le sidéen est aujourd’hui pour plusieurs ce qu’étaient le lépreux et le pestiféré hier pour les bien-portants, et les bons samaritains ou les inconscients étant minoritaires en ce bas monde, campagne de sensibilisation ou pas, l’ostracisme ne battra en retraite que lorsque la terrible maladie sera vaincue.

• Sylvio Le Blanc
Montréal (Québec)

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