Courrier des lecteurs : Le désert aux portes des oasis du Sud-Est

Si l’image de l’oasis verte lotie dans le fond d’une vallée qui émerge dans de vastes étendues quasiment minérales que renvoient les dépliants touristiques et les cartes postales, est idyllique, la réalité dans ces écosystèmes complexes et fragiles est tout autre. La désertification rampante fait planer sur ces beaux paysages la menace d’une disparition certaine.
A l’image de toutes les autres oasis du Sud-est du Maroc, celle de Tinjdad est désormais à l’agonie après la disparition du cours d’eau dont elle se nourrissait et l’épuisement des nappes phréatiques sucées par les pompes à eau utilisées à outrance par la population locale.
Selon des rapports établis par l’ORMVAT, 60 pc des oasis au Sud-est du Maroc sont menacées d’ensablement, un phénomène synonyme de catastrophe écologique aux causes multiples et diverses, où l’homme joue un rôle du premier ordre.
Dans les bourgades oubliées du Sud, c’est la croissance démographique, qui est, à n’en point douter, responsable de la dégradation du couvert végétal et de l’épuisement des eaux souterraines. Le sable du désert, opportuniste, s’acharne sur toute verdure qui tente de résister depuis si longtemps à sa toute puissance dévastatrice.
A la faveur du vent, moyen idéal de locomotion, le sable avance inexorablement, couvre minutieusement les végétations et pousse l’homme à l’exode vers d’autres cieux plus cléments. Les uns se convertissent à de petits métiers ou à des travaux de chantiers dans les régions moins ingrates. Les autres prennent le chemin de l’immigration, autant qu’ils le peuvent. Les irréductibles, surtout les vieux cloués à la terre ancestrale, demeurent sur place pour vivre des largesses de ceux qui sont partis, et assister, impuissants et résignés, au massacre qu’inflige la nature à un milieu jadis florissant.
Aux côtés de l’influence de l’activité humaine, le climat est aussi à incriminer. Les vents sont aujourd’hui plus forts qu’ils ne l’étaient jadis et les tempêtes de sable sont de plus en plus fréquentes, ce qui accroît l’accumulation de poussière et de sable dans ces dépressions fragilisées par la raréfaction de l’eau, source de la vie.
A Tinjdad, la vigne, les pêchers, les palmiers, les amandiers, les abricotiers, les pruniers, les grenadiers, les figuiers et toutes ces menues plantés qui faisaient la richesse et la beauté du paysage ont quasiment disparu. Seuls dominent les trônes de palmiers morts parmi les touffes de tamaris et de jujubiers qui résistent encore à l’enlacement fatal du sable.
Parmi la population des oasis du Sud-est, il n’y en a pas que ceux qui ont pris la poudre d’escampette devant l’avancée du sable, mais nombreux sont ceux qui ont commencé à bouger pour sauver leurs oasis de la dégradation.
Ils se sont regroupés en associations de défense de l’environnement en mouvance de verts dont le souci transcende les clivages politiques et sociaux pour se concentrer uniquement sur le sauvetage des lambeaux d’oasis encore en vie et la réhabilitation des anciens écosystèmes.
Ils organisent des rassemblements, contribuent bénévolement aux travaux de réhabilitation et ne ratent jamais l’occasion de mettre chacun devant ses responsabilités pour stopper la dégradation de la nappe phréatique, avant que le désert s’installe à Tinjdad.

• Lhoussain Azergui,
journaliste

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