Courrier-des-lecteurs : Mauritanie-Israël : reportage impossible

“Il y a quelques semaines, la chaîne de télévision Aljazeera décidait de consacrer un programme aux relations entre la Mauritanie et Israël. Elle choisit de confier la tâche à un jeune Mauritanien, du nom de Sidina Ould Baba, journaliste résident au Qatar. Arrivé à Nouakchott, il passe un accord avec les autorités, en particulier Ould Bellal, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération, pour n’interroger que des personnes déterminées à l’avance.
Au reporter est interdit d accorder la parole à une liste d’opposants aussi bien intérieurs qu’en exil. Etroitement surveillé par un « chaperon » du ministère de la Communication, en la personne de Boubacar Ould Ethmane dit Nah, le fameux directeur de publication (fantôme) membre d’un comité de soutien à la normalisation des relations avec Israël. Il est lui même rémunéré par la chaîne qatarie à laquelle cet exercice est imposé.
Le journaliste Ould Baba fera appel aux services d’un caméraman, dénommé Ould Ebbe, qui se trouve être son cousin. Tous les deux s’entretiennent avec des hommes politiques, dont Ould Ould Mohamed Moussa l’ex diplomate du PCD interdit, le ministre Ould Bellal et quelques autres. Les grandes figures de l’opposition sont écartées de l’interview mais le résultat s’avère, sur le plan éditorial, tout aussi édifiant. Au total, une douzaine de cassettes sont enregistrées. A la veille du départ du journaliste, sa voiture est volée, puis ce fut au tour de son caméraman de subir le même désagrément. Là, le véhicule contenait toute la production. Le journaliste Ould Baba porte plainte, après trois jours de tribulations: en ultime recours, les marabouts sont sollicités…
Le caméraman est arrêté et torturé par des policiers qui semblent soudoyés pour lui faire avouer l’emplacement des cassettes. Après quatre jours d’épreuves, la nouvelle s’ébruite. Parents et amis de la victime se mobilisent. L’affaire va devant les tribunaux. Certains accusent le jeune journaliste d’avoir porté plainte contre son caméraman, afin de justifier auprès Aljazeera le refinancement du projet, tandis que Ould Ebbe cherche à se venger et dit être victime de sévices violents. Des sources plus subtiles soupçonnent une manoeuvre des services de sécurité qui auraient jugé imprudente la diffusion du sujet dans un contexte interne aussi fragile. Le guide de l’équipe, Boubacar Ould Ethmane serait de connivence.Les observateurs notent que les deux journalistes sont jeunes et sans aucune expérience des codes criminels en vigueur dans l’espace public mauritanien. L’affaire se trouve toujours entre les mains de la « justice » et des tribus”.

• Conscience et Résistance : cellule de liaison et de prospective Mauritanie

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