Courrier des lecteurs : Tarik Khider : au nom de la mémoire du père

Courrier des lecteurs : Tarik Khider : au nom de la mémoire du père

Suite à l’article paru dernièrement dans votre journal et intitulé ‘‘Les derniers des fils de la Toussaint », vous citez les 9 chefs historiques de la guerre d’indépendance algérienne, en précisant les diverses responsabilités qu’ils ont tenues durant cette période. Je tiens à réagir contre la description que vous avez faite de la figure historique de Mohamed Khider. Celle-ci a été bâclée. En effet, lorsque vous précisez qu’il s’est exilé dès 1963 après avoir emporté le ‘‘ trésor de guerre du FLN », vous contribuez à laisser planer le doute sur l’intégrité de cet homme, comme l’a fait le gouvernement de l’ancien président Houari Boumediene. Si vous voulez parler de Mohamed Khider, vous devez savoir que sa vie politique ne tourne pas autour uniquement de ce fameux trésor. Son parcours est lié à des fonctions et responsabilités qu’il détenait au sein des différents mouvements pour l’indépendance de l’Algérie et son action en tant qu’acteur principal a contribué pour une large part à l’indépendance de ce pays. Dans la mesure où vous voulez citer Mohamed Khider en l’associant à cette affaire des fonds du FLN, vous vous devez d’être prudent et de détailler les tenants et aboutissants s’y référant. Quelles raisons ont poussé le leader algérien à disposer de ses fonds ? Quelle a été la destination de ces fonds ? Que sont-ils devenus après sa mort ?
Dans la mesure où vous ne répondez pas à ces questions, alors abstenez-vous d’en parler comme vous l’avez fait en quelques lignes.
De plus, lorsqu’on cite un homme de son envergure prenez soin de bien vous renseigner sur les différentes responsabilités qu’il a occupées. Dans votre article, vous ne citez que le poste de trésorier du FLN alors que, plus important, encore, il était avant tout Secrétaire général du FLN et à ce titre détenait la 1ère place avec le président Ahmed Ben Bella. S’il a été, comme vous le dites si justement, oublié de l’histoire officielle, ceci se comprend lorsqu’on sait que ce sont les officiels eux-mêmes de l’époque qui l’ont éliminé physiquement.
Pour votre information, concernant l’affaire des fonds du FLN, celle-ci a été réglée en avril 1979 par la restitution de ces fonds. Je dois vous rappeler que Mohamed Khider, leader algérien, combattant de la première heure pour la libération de son pays, prend la responsabilité de garder la maîtrise des fonds du FLN dont il avait la charge et déclarait qu’il les mettait à la disposition de tous les partis d’opposition ou de toutes personnalités politiques luttant contre le régime existant. Si le président Ben Bella l’accuse au départ d’escroquerie, le 3 mai 1965, il revient sur ses accusations et déclare officiellement que Khider a disposé de ces fonds à des fins politiques et non personnelles. Il envisage un rapprochement avec lui. Il n’en sera pas ainsi, puisqu’un mois plus tard c’est le coup d’Etat de Boumediene. A cette occasion, Khider déclare suite au discours prononcé par le président Boumediene pour justifier son coup de force ‘‘….J’accueille favorablement les propos de Boumediene lorsqu’il dit vouloir mettre en place un système assurant à rétablir la démocratie dans notre pays. Mais qu’il prenne garde. Dans la mesure où il fait ce qu’il dit, alors je serais l’un des premiers à l’applaudir des deux mains et suis disposé à rentrer dans mon pays pour l’aider dans sa tâche. Mais dans la mesure où il ne respecte pas ses promesses, je n’hésiterais pas à le frapper des deux poings. » Hélas, nous savons comment le Président Boumediene à mener sa politique, assurant un pouvoir autoritaire et digne des plus grandes dictatures. Malgré les différents contacts établis entre mon père et le président Boumediene, aucun terrain d’entente ne pourra être trouvé.
Le président Boumediene va utiliser l’affaire des fonds du FLN pour discréditer la personnalité de Mohamed Khider, l’accusant comme l’avait fait le précédent président, d‘escroc. L’acharnement de mon père contre le régime en place, sa détermination, son rôle fédérateur, des différents partis d’oppositions qui existaient à cette époque, et son rôle essentiel dans l’évasion de prison à fin 1966 du leader Algérien Aït Ahmed, chef du parti d’opposition du FFS, va pousser Boumediene à faire éliminer physiquement son adversaire, le 3/01/1967.
Mort, le problème des fonds restait entier. Qui allait continuer à gérer ces fonds ? Cadeau empoisonné, comme le disait lui-même mon père, il devenait un poids qu’il fallait se débarrasser. Le président algérien le sait et c’est pour cela qu’il fera tout pour le laisser en souffrance. Afin d’en terminer et dans le but de laver la mémoire de son mari Mohamed Khider, Madame veuve Khider va en 1970 rencontrer le président Boumediene pour remettre entre ses mains tous les documents concernant cette affaire. Le gouvernement algérien pouvait alors constater que la destination de ces fonds n’avait été que politique. Mieux encore, Mohamed Khider laissait en héritage à son pays un établissement bancaire en Suisse. Comme je l’expliquais dans une lettre adressée au journal algérien l’Opinion, en réponse à un article publié le 17/1/1995 et qui citait des propos du ministre de l’intérieur de l’époque, Abderahmane Méziane-Chérif, visant à encore une fois à semer le doute sur l’intégrité de mon père, j’écrivais ‘‘(…) Dès 1970, l’Etat algérien avait donc la possibilité de récupérer son bien, puisque les héritiers Khider étaient disposés à céder leurs droits, en conformité à l’esprit qu’avait toujours donné Mohamed Khider à l’appartenance de ces fonds. En effet, rappelons qu’en 1964, Mohamed Khider déclarait ‘‘(…) je n’ai jamais considéré que ces fonds m’appartenaient. Ils sont à l’abri, intacts, ils appartiennent à l’Algérie…je suis prêt à répondre de ma gestion dans tous les détails(…) ». Dans son esprit, sa démission du poste de Secrétaire Général du parti ne lui enlevait pas son devoir d’assumer la gestion de ses fonds dont il avait la charge. Ceux-ci ne seraient restitués comme il le disait qu’à une Algérie libre et démocratique… ».
Malgré donc la visite de Mme Veuve Khider au président Boumediene et la mise à disposition des documents, ce dernier va continuer à attaquer par le biais des tribunaux cherchant toujours à démontrer le caractère malhonnête de cette affaire. Sans succès, puisque l’Etat algérien se verra débouté en 1974 devant le tribunal fédéral Helvétique, considérant la famille Khider comme les seuls ayants-droit légaux de ses fonds. Ce n’est qu’à la mort du président Boumediene, et donc à l’accession au pouvoir du président Chadli Benjedid, que le gouvernement algérien accepte de s’asseoir à la même table que la famille Khider pour signer un accord en avril 1979. Khider, qui n’avait jamais eu aucune prétention sur ces fonds, accepte le transfert des actions de la BCA au profit de l’Algérie qui récupère ainsi ses fonds et devient propriétaire d’une banque en Suisse. Celle-ci est actuellement installé à Zürich et se nomme Algerishe Aussenhandels. Dans une lettre adressée par la famille Khider au président algérien Chadli BENJEDID, un mois après la signature des accords, il est précisé ‘‘……..le fait qu’il ait mis les fonds du FLN au service de la défense d’idéaux démocratiques était à son sens la meilleure façon de défendre les principes de la révolution que le FLN avait à charge de promouvoir. Il ne nous appartient pas de porter un jugement sur le sens de son combat politique et encore moins d’ouvrir un débat d’idées, l’Histoire se chargera de dire où était la bonne voie et Dieu seul, en dernier recours jugera de la sincérité de chacun. ». A travers l’affaire des fonds du FLN, on a voulu salir la mémoire du Leader algérien Mohamed Khider, que Dieu ait son âme. Et cela malgré les évidences. Cette affaire est belle et bien terminée et à l’honneur de Feu Mohamed Khider. L’Algérie récupère son ‘‘trésor », revalorisé par la propriété d’une banque en Suisse.
Tous les documents remis à l’Etat algérien prouvent la destination politique des fonds utilisés. Non seulement les partis d’opposition algériens bénéficieront de cette aide contre le régime en place, mais également d’autres mouvements de Libération, tel celui de l’OLP. Et pourtant, aujourd’hui encore, des personnes liées à l’ancien dirigeant Houari Boumediene, notamment sa femme, Mme Anissa Boumediene continue à calomnier mon père malgré les évidences. Mais la bave du crapaud n’atteint pas la blanche colombe.

Par Tarik Khider
Fils de feu Mohamed Khider

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