Courriers des lecteurs : Londres face au terrorisme international

Courriers des lecteurs : Londres face au terrorisme international

Ces attentats attribués à la mouvance islamiste Al Qaïda, font suite à une série qui a débuté le 26 février 1993 contre le World Trade Center à New York, faisant 6 morts et un millier de blessés. On dénombre de 1993 à 2005 une trentaine d’attentats revendiqués ou attribués à Al Qaïda, qui ont visé les territoires ou les intérêts de pays situés en Amérique, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie.C’est l’Occident qui est visé par ces attentats, particulièrement les Etats-Unis d’Amérique, l’Espagne, le Royaume Uni et la France ; ainsi que les pays censés être des alliés de l’Occident, tels que la Mauritanie, l’Algérie, le Maroc et la Tunisie en Afrique du Nord ; l’Egypte, l’Irak, l’Arabie Saoudite, la Turquie, et Israël au Moyen-Orient ; enfin le Pakistan, l’Indonésie, et les Philippines en Asie. Le modus operandi de ces attentats est quasiment le même : explosions, attentats suicide ou non, voitures piégées, les lieux visés étant les transports en commun, les ambassades, les résidences d’étrangers, les hôtels et restaurants fréquentés par des touristes étrangers.
Les plus spectaculaires restent sans doute les attentats qui ont frappé New York le 11 septembre 2001, où 4 avions de ligne ont été détournés, et se sont écrasés contre les tours jumelles du World Trade Center, le Pentagone et en Pennsylvanie. Ces attentats doivent être condamnés et ne peuvent recevoir aucune justification, car ils visent et font des victimes innocentes. Cependant, il ne suffit pas de condamner, il faut essayer de comprendre, pour trouver les solutions les plus adaptées et les plus efficaces à même d’arrêter définitivement ce fléau. Posons-nous la question : ces poseurs de bombes, ces kamikazes, qui sont-ils ? Quelles sont leurs motivations ? Que cherchent-ils ? Ils appartiennent directement ou indirectement à la mouvance islamiste Al Qaïda, qui a été créée par le milliardaire saoudien Oussama Ben Laden, au lendemain de l’invasion de l’Afghanistan par des troupes soviétiques en 1980. En effet, dès 1982, 35.000 intégristes musulmans en provenance de 40 pays islamiques, ont convergé vers l’Afghanistan pour s’opposer à l’invasion soviétique. Al Qaïda a été aidée à cette époque moralement et matériellement par l’Arabie Saoudite et les Etats-Unis d’Amérique à travers l’ISI (Inter Services Intelligence).
L’objectif du président Reagan, en aidant Al Qaïda, était de déstabiliser l’URSS. On estime qu’en 1987, l’aide aux moujahidines afghans, en provenance de l’Arabie Saoudite et des Etats-Unis, consistait en 65.000 tonnes d’armes et un grand nombre de spécialistes militaires, le tout transitant par le Pakistan. La résistance afghane connut la victoire, puisque les troupes soviétiques se sont retirées de l’Afghanistan en 1989 et que les Talibans installèrent en 1995 un gouvernement islamiste intégriste.
Les circonstances changèrent totalement en 1991 avec la première guerre du Golfe (17 janvier – 3 mars) et la fin de la guerre froide, suite à la dissolution de l’URSS (21 décembre). Les Etats-Unis se sont rapprochés de la Russie et n’appréciaient guère le régime intégriste des Talibans. De l’autre côté, Al Qaïda a condamné l’installation de bases militaires américaines en Arabie Saoudite et l’invasion de l’Irak.
Al Qaïda reprochait également l’appui indéfectible des Etats-Unis à Israël, au détriment des Palestiniens. Une guerre ouverte a alors commencé contre l’Occident et ses alliés par Al Qaïda, avec le premier attentat en 1993 contre le World Trade Center et 3 attentats en 1995, 1996 et 1998 en Arabie Saoudite, au Kenya et en Tanzanie, visant des intérêts américains. Ce qui a valu à Oussama Ben Laden l’émission d’un mandant d’arrêt international en 1998. L’enchaînement diabolique des événements a continué par les attentats du 11 septembre 2001 à New York, l’invasion de l’Afghanistan en octobre 2001 et de l’Irak en mars 2003.
Après ce bref rappel historique, venons en aux motivations d’Al Qaïda.
Ses idéologues partent du constat déplorable de l’état actuel du monde musulman, qui a connu dans le passé une brillante civilisation. Ils expliquent cette situation par le non respect par les musulmans des préceptes originaux de l’Islam dans toute leur rigueur, par la faillite des idéologies nationalistes et marxistes-léninistes, et enfin par l’empiétement du monde occidental à la fois territorial et sociétal. D’où leur objectif de créer dans les Etats musulmans des régimes intégristes ayant la Charia (Loi musulmane) pour juridiction et de combattre toute occupation du territoire musulman (Dar Islam) par les puissances occidentales. N’ayant pas les moyens militaires pour confronter les armées occidentales, leur seule arme est le terrorisme orienté contre les «envahisseurs et leurs alliés».
Al Qaïda n’est pas une organisation structurée et hiérarchisée. Mais les idées qu’elle prône trouvent un écho, tant dans les milieux défavorisés et peu cultivés des sociétés musulmanes, que chez certains intellectuels musulmans, exaspérés par le sentiment d’injustice et d’arrogance de l’Occident vis-à-vis des pays musulmans.
D’où la facilité de recrutement de ses membres, tant sur le plan local qu’international. Les cellules ainsi créées disposent d’une large autonomie et peuvent décider d’elles mêmes des actions violentes. Il ne faut pas cependant négliger le volet financier, qui permet de faciliter certains recrutements et de préparer notamment les attentats. Face à cette analyse, que faut-il faire pour contrer le terrorisme islamiste? Tony Blair a eu raison, après les attentats de Londres de déclarer qu’il faut rechercher les causes de ce terrorisme.
Le problème est complexe et les remèdes multiples. Il y a tout d’abord le côté sécuritaire à développer davantage. Un premier pas a été réalisé en 2002 par le conseil de l’Union européenne qui a introduit le mandat d’arrêt européen, pour remplacer les procédures d’extradition. Il faut multiplier les échanges de renseignements et les conférences sécuritaires. L’initiative 5+5 (5 pays européens et 5 pays de l’UMA) va dans le bon sens et permet de lutter efficacement contre le terrorisme dans la région euro-méditerranéenne. Il faut renforcer les législations anti-terroristes, mais dans le respect des droits de l’Homme.
Cependant, toutes ces mesures sécuritaires, si elles sont nécessaires, ne sont pas suffisantes. C’est pour celà qu’il faut agir également sur le fond du problème. Sur le plan politique, il y a lieu d’abord de résoudre rapidement le problème israélo-palestinien. La création de l’Etat d’Israël est ressentie par tous les musulmans comme une profonde injustice.
La responsabilité de l’Occident dans cette affaire est patente : Déclaration anglaise de Balfour prônant la création d’un foyer juif au Palestine, et l’appui inconditionnel des Etats-Unis d’Amérique à l’Etat d’Israël.
La solution à mettre en place d’urgence est la création au côté d’Israël d’un Etat palestinien viable, indépendant et reconnu internationalement. Il faudrait aussi que les troupes d’occupation soient retirées le plus rapidement possible d’Afghanistan et d’Irak. L’Occident ne devrait plus appuyer les régimes musulmans non démocratiques, mais aider les forces progressistes dans ces pays, à instaurer la démocratie, les libertés, et l’Etat de droit.
Sur le plan économique, l’Occident devrait aider le monde musulman, qui est la région la plus pauvre de la planète après l’Afrique sub-saharienne, à se développer. Les thèses intégristes trouvent leur champ privilégié dans les milieux défavorisés et non éduqués. Cette aide doit revêtir trois volets : l’aide publique au développement en favorisant l’éducation, l’annulation de la dette, et l’accès aux marchés. La dernière décision du G8 d’accorder 3 milliards $ à l’Autorité palestinienne pendant 3ans va dans le bon sens, mais devrait rester permanente jusqu’à la consolidation de l’Etat palestinien.
En conclusion, on peut affirmer que le terrorisme international peut être vaincu à moyen terme, à condition de ne pas se contenter de le réprimer, mais d’analyser ses causes profondes et d’y remédier.

Par Jawad Kerdoudi
Président de l’IMRI

(Institut Marocain
Des Relations Internationales)

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