Crise de confiance

Les fêtes du travail au Maroc se succèdent et se ressemblent. Les défilés de la classe ouvrière par secteur et par syndicat avec force banderoles et slogans, le discours du ministre de l’Emploi qui met en exergue les efforts accomplis pour améliorer les conditions des travailleurs… Le 1er mai de l’année 2002, qui a été précédé par la reprise du dialogue social, ne dérogera certainement pas à cette règle qui semble immuable.
Certes, le Maroc a gagné la liberté syndicale dans la mesure où chacun peut adhérer à un syndicat. Mais les principales centrales du pays, à quelque exception près, donnent l’impression de tourner en rond en l’absence d’une orientation stratégique à même de leur permettre de remplir leur véritable rôle.
Ce manque de visibilité est dû aussi à la confusion qui entoure l’action syndicale dans la mesure où la plupart des centrales syndicales se comportent et réfléchissent comme des structures partisanes et leurs chefs comme des acteurs politiques. Par exemple, la relation organique entre l’UGTM de Abderrazzak Afilal et le parti de l’Istiqlal participe de cette confusion. Le divorce entre la CDT de Noubir Amaoui d’avec l’USFP aurait pu être positif et même salutaire si ce divorce n’était pas brutal. Au lieu de contribuer à la clarification des rapports , la rupture en question les a au contraire envenimés, le leader syndicaliste étant mû par un désir de vengeance sur fond de règlement de comptes personnels avec ses anciens amis du parti. Une action syndicale efficace ne saurait être dissocié d’un environnement social sain.
Les opérateurs économiques accusent les syndicats de saboter leurs activités par la multiplication des grèves et des occupations d’usine. Les syndicats à leur tour jettent la pierre aux chefs d’entreprises en leur reprochant de procéder à des licenciements massifs des ouvriers et de ne pas répondre au cahier revendicatif. Un climat social tendu dominé par les conflits de travail et les fermetures d’usines. Le gouvernement, quant à lui, est tantôt accusé de pratiquer l’art de la manoeuvre dilatoire et tantôt d’être dépourvu de vision sociale pour régler les différents dossiers en suspens. Résultat : c’est la suspicion qui règne en maître. Comment dans un tel climat délétère attirer des investisseurs étrangers au Maroc? Alors quelle solution pour sortir de l’impasse et de ce dialogue de sourd ? Certains expliquent que les pouvoirs publics doivent investir dans la mise en place d’une nouvelle culture syndicale qui privilégie la véritable négociation entre vrais partenaires. Un travail de longue haleine qui nécessite beaucoup de préalables difficiles à réunir.
Dans son allocution du lundi 25 septembre 2000 à Jorf Lasfar devant les présidents des Chambres de Commerce et d’Industrie, des Offices et établissements publics et plusieurs opérateurs économiques, S.M le Roi Mohammed VI a tracé la voie à suivre. “De la même manière que Nous avons appelé l’entreprise marocaine à privilégier la dimension sociale pour qu’elle puisse devenir une entreprise citoyenne, Nous invitons le syndicalisme marocain à assimiler la culture d’entreprise dans une optique de syndicat citoyen. Il ne s’agira pas, pour lui, de sacrifier les droits de la classe laborieuse qui bénéficie de Notre Haute sollicitude, de Notre bienveillance et de Notre considération pour son rôle d’avant-garde dans les combats pour l’indépendance et l’édification de l’économie nationale et qui occupe une place de premier ordre dans notre politique sociale, mais de contribuer, avec le sérieux et l’abnégation que nous lui connaissons, au grand Jihad économique, par son combat pacifique vertueux qui place au-dessus de tout autre considération, l’amélioration de la productivité de l’entreprise, sa modernisation et sa mise à niveau pour faire face à la compétitivité, protéger l’emploi digne et en élargir les opportunités au profit des ressources humaines au chômage“.
Le chômage ! voilà une autre grande plaie du Maroc, la préoccupation majeure du pays. Comment créer des opportunités d’emplois pour tout le monde, offrir de l’espoir à une partie importante d’une jeunesse désoeuvrée ? La solution est claire : une véritable croissance qui crée la richesse et non pas une classe de riches. C’est la clé de voûte de la modernisation du système économique et social marocain.

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