D’abord rancunier, puis enfin matricide

Il était face-à-face avec sa mère. Il portait un couteau et elle tenait un bâton. Ils étaient seuls, ce matin du mardi 4 mai, à la maison au douar El Ayachi, à Tifelt. Il ne vivait plus avec elle depuis la mort de son père et son remariage avec un deuxième homme. Elle a eu trois filles avec ce dernier. Et pourtant, elle n’a jamais oublié ses deux enfants qu’elle avait eus lors de son premier mariage, comme affirment les témoins. Elle faisait son possible pour qu’elle reste en relation avec eux, elle leur rendait visite pour s’assurer de leur état et leur verser d’une fois à l’autre une petite somme d’argent pour les soutenir. Que devait-elle faire de plus ?
Il s’appelle Saïd, âgé de vingt-neuf ans et elle se prénomme Fatima, âgée de cinquante-sept ans. Ce mardi, la mère et son fils s’échangeaient les invectives et les insultes. La raison ? Elle ne voulait plus lui verser de l’argent. D’abord, ce n’est pas la première fois qu’il se rend chez elle, pour lui demander de l’argent, ainsi qu’à ses trois demi-soeurs. A chaque fois qu’il en avait besoin, il ne pensait qu’à elles. Sinon, il ne leur rendrait pas visite. Certes, elle ne refusait pas de lui en remettre de temps en temps surtout qu’elle savait qu’il ne travaillait pas et qu’il ne disposait d’aucune source matérielle. Mais, il semble qu’il a exagéré au point qu’elle ne supportait plus ses visites. Mais ce matin, il est quand même venu. Qu’est – ce qu’il voulait encore ? Quelques dirhams pour acheter des cigarettes, lui dit-il sans vergogne. Elle lui a expliqué qu’il était temps de se trouver un boulot et de se prendre en charge.
Saïd ne voulait rien entendre. La mère a insisté qu’il devait aller chercher un boulot, au lieu de tendre les mains aux autres et demander l’aumône. Hors de lui, le jeune homme a commencé à insulter sa mère, lui lancer des mots abjects, sans vergogne. Fatima n’a jamais pensé un jour entendre ces mots de son propre fils. Elle est restée bouche-bée durant quelques secondes avant de lui demander de sortir de chez elle.
Hors de lui, il l’a giflée violemment au point qu’elle est renversée. Elle a crié avant de se relever pour aller vers le hall de la maison, mettre la main sur un bâton et s’apprêter à retourner vers lui. Seulement, elle est surprise quand elle a tourné la tête. Il était déjà derrière elle, brandissant un couteau. Qu’est ce qu’il voulait d’elle ? lui demande-t-elle sur un ton de crainte. Il a avancé, alors qu’elle reculait à petis pas. Elle voulait le menacer avec le bâton. Mais, il était plus rapide qu’elle, en lui assénant aussitôt un coup au -dessous de son sein et un autre au niveau de son coeur. Fatima est tombée par terre, en criant, demandant secours.
Enragé, Saïd s’empare du bâton pour donner des coups successifs sur la tête de sa mère agonisante. Et avant de quitter la maison, il a pris une brique de construction pour mettre fin à la vie de sa mère avec un dernier coup sur la tête. Les voisins qui avaient entendu les cris se sont dépêchés sur les lieux. Ils n’ont retrouvé qu’un corps sans âme. Et le fils ? Il a déjà pris la poudre d’escampette. Mais, pas pour beaucoup de temps, puisqu’il fut arrêté, le soir du même jour, alors qu’il était sur le point de quitter la ville. Conduit vers le commissariat de police et soumis aux interrogatoires, il a affirmé avoir gardé de la rancune envers sa mère depuis qu’elle s’était remariée. Il a ajouté aux enquêteurs qu’elle lui a tourné le dos et ne s’intéressait qu’à ses trois filles. Poursuivi pour homicide volontaire avec préméditation et guet-apens, Saïd est traduit devant la Cour d’appel de Rabat.

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