De la cruauté parentale au parricide

La chambre criminelle près la cour d’appel de Casablanca. Rédouane, vingt-quatre ans, est au banc des accusés. Il a avancé vers le box, quand le président de la cour l’a appelé, fixant ses yeux sur les magistrats.
«Tu es accusé pour homicide volontaire avec préméditation et guet-apens contre ascendant.», lui dit le président.
Rédouane a baissé la tête avant de la lever par la suite et répond : «Oui j’ai tué mon père…».
Le père de Rédouane était un boucher très cruel au point qu’il ne parlait jamais à ses enfants sans avoir un bâton ou un tuyau en plastique à la main ou sans leur administrer une gifle. Tout le monde en avait peur.
Cette violence parentale était l’écueil principal qui a empêché Rédouane de poursuivre ses études. Il n’a pas dépassé la troisième année d’enseignement fondamentale après avoir triplé. Il s’est retrouvé du jour au lendemain sans rien faire. Son père l’avait malmené violemment avant de lui chercher un job chez un mécanicien. L’enfant a commencé à apprendre le métier et en plus à rencontrer des enfants de son âge qui vagabondent dans les rues de Casablanca. Une fois le père mis au courant, il a commencé à maltraiter Rédouane. Au fil des jours, ce dernier n’a pu supporter la violence du père et il a fugué. Depuis, il a emprunté le chemin de la délinquance. Il a appris à inhaler la colle à dissolution, à voler, à vagabonder et, quand il a pensé un jour à regagner son foyer parental, son père l’a chassé comme un chien. Rédouane retrouva ainsi la rue. Depuis, il n’a plus l’espoir de retourner chez lui. D’un voleur à la tire à un cambrioleur, Rédouane est devenu un professionnel. D’une opération à l’autre, ses acolytes sont tombés dans les filets de la police. Il est resté seul. La crainte s’est infiltrée dans son coeur et les questions ont commencé à lui hanter l’esprit : «Pourquoi suis-je arrivé à cette situation ? Pourquoi je ne retourne pas chez moi ? Et ma mère comment est-elle maintenant ?». Un tas de questions qui a fait émerger en lui un sentiment ignoble transformé en idée maléfique : «Mon père est la cause de mes malheurs…Ce sont ses comportements qui m’ont jeté dans cet enfer…».
Il a découvert qu’il le déteste au point qu’il ne peut plus le voir sur terre. «Je dois me débarrasser de lui», décide-t-il.
Comment ?
Rédouane a regagné son quartier la nuit. Il a fait son possible pour n’attirer l’attention de personne. Il est monté à la terrasse, s’est réfugié dans un coin obscur pour attendre l’arrivée de son père. Les pas de son père ont un ton exceptionnel pour lui. Il a passé trois heures. Mais en vain. Son père n’est pas encore arrivé ? Il ne sait pas au juste. « Mais je vais revenir demain », pense-t-il.
Le lendemain, il est monté, en catimini, à la terrasse. Il a passé plus de deux heures avant d’entendre le son des pas de son père. Aussitôt, Rédouane a descendu pas à pas de la terrasse. Son père a tourné la tête. Ils étaient face à face. Rédouane n’a pas hésité une seconde à asséner un premier coup de couteau à son père, puis un deuxième avant de prendre la poudre d’escampette.
Rédouane a été identifié par quelques habitants. Où est-il allé ? Il a regagné la forêt de Bouskoura. Il n’y sortait que la nuit pour chercher de quoi manger. Sept mois plus tard. C’était la nuit. La mère de Rédouane a entendu quelqu’un frapper à la porte. Elle a ouvert et elle a crié : « Au secours ». Les habitants sont intervenus. C’est Rédouane qui a frappé à la porte et sa mère a cru qu’il était venu pour la tuer. Après les délibérations, la cour l’a condamné à 20 ans de réclusion criminelle.

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