De la gauche radicale au bloc démocratique

Question : Quel regard por-tez-vous sur la conjoncture politique actuelle?
Ahmed Herzenni : Je pense que ce qui caractérise la situation actuelle est ce désir de changement. Il est possible qu’il y ait des freins quelque part. Une résistance bureaucratique. Mais cela n’exclut pas l’existence de raisons objectives à ces hésitations. Je fais allusion à la conjoncture préélectorale qui ne permet pas les grands bouleversements. Ceci étant, il ne faudrait pas surestimer la puissance de ces freins. D’un autre côté, il y a la conjoncture et ses difficultés et probablement le manque de visibilité. Par exemple, en ce qui concerne la question du Sahara, on constate que S.M. le Roi a indiqué la voie à suivre, mais jusqu’à présent, on ne voit pas encore l’application de ses directives. Au plan de la démocratisation du pays, le débat sur le Code électoral et la loi sur les partis tarde à venir. Aussi, serait-il naïf de croire que des personnes qui ont bénéficié des gestions du passé pourraient renoncer à leurs privilèges.
Question : Comment voyez-vous les scénarii à venir ?
A.H : Le fait que les réformes du code électoral ne sont pas encore discutées, cela veut dire qu’on ne veut pas s’aventurer à brosser des scénarii. Ceci étant, il y a, cependant des signes avant-coureurs. Il y a probablement la disparition de la Koutla, comme cela se manifeste à travers les contacts des uns et des autres et l’émergence progressive d’un bloc sociodémocrate. Si cette tendance se confirme, l’Istiqlal serait dans l’obligation de chercher de nouveaux alliés, notamment parmi les islamistes.
Qu’en est-il de la gauche unifiée ?
A.H : D’abord, aucune composante de cette gauche n’a été jusqu’à présent partie prenante du jeu politique. Notre problème, c’est de se constituer en tant que mouvance politique et faire montre d’une existence réelle. Normalement, d’ici mars ou avril, le PSU (Parti socialiste unifiée) qui regroupe en son sein, outre l’OADP, le Mouvement pour la démocratie, les Indépendants démocrates et Al Maydan, devrait tenir son congrès.
En fait, quelle est l’identité d’El Maydan ?
A.H : En bref, il s’agit d’un groupe d’anciens militants de la gauche radicale qui ont révisé leur expérience et abouti à une conclusion selon laquelle il faudrait agir sur deux fronts. D’abord, aider à l’unification de la gauche ; ensuite, contribuer à la mise sur pied d’un bloc démocratique regroupant d’autres sensibilités dont des islamistes, des libéraux et des Amazigh. Pour l’instant, nous coordonnons nos actions avec les islamistes d’Al Badil Al Hadari, conduit par Mostapha Mouatassim et dont le porte-parole est Mohamed Amine Reguala. Nous tendons, également, la main à Al Adl Wal Ihssan du Cheikh Abdessalam Yassine. Une association qui a su faire le lien entre les dimensions spirituelle et politique, mais qui n’arrive pas encore à faire le saut nécessaire en direction de la stratégie démocratique.
Comment évaluez-vous le poids politique des islamistes au Maroc ?
A.H : A mon avis, ils ne sont pas aussi puissants que le laissent entendre certains chroniqueurs. Mais, en même temps, il ne faudrait pas les sous-estimer. Car si les démocrates ne se resaisissent pas, une partie de l’électorat pourrait se tourner vers eux.

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