De l’amour royal

De l’amour royal

L’observateur attentif du Maroc Moderne de l’exil de Feu S.M MohammedV à l’intronisation de S.M Mohammed VI ne peut s’empêcher d’être triste. Non à cause de raisons économiques réelles ou superposées, mais du simple fait que nous avons troqué notre éducation ancestrale contre une forme d’égoïsme et d’individualisme de mauvais aloi. Quand Sa Majesté Feu Mohammed V a été exilé par les Français, jeunes et moins jeunes, nous l’avons formellement identifié, à travers le chaleureux prisme de nos cœurs, dans une lune accomplie, visage serein et profil royal d’où émanait un indescriptible sentiment de sérénité et d’éternité.
Un peuple entier attendait, comme sur des braises ardentes, le retour triomphal de son Roi et n’aspirait, dans le respect et l’amour vrai, que voir, seulement voir, même de loin, son monarque adulé, dans une sorte de complicité qu’aucun président de république au monde ne pouvait espérer tisser avec les citoyens de son pays. En le rappelant auprès de Lui Dieu a permis à Feu SM Mohammed V d’imprimer pour l’éternité un rapprochement sans précèdent entre un Chef d’Etat exceptionnel et son peuple, dans une sorte de mariage du cœur et de la raison. Image immaculée d’un amour ineffable et inédit.
Un jour, sous le règne de Feu SM Hassan II, je me retrouvai nez-à-nez avec feu Moulay Ahmed Alaoui, à la réception de l’hôtel Royal Mansour. Il m’invita à l’accompagner à sa table et quelques instants après m’interpella ainsi : "Dis-moi…toi tu es des nôtres… je peux te poser cette question…Que penses-tu de l’idée des portraits de SM plantés en force sur les artères de Settat?" Il m’enjoint de dire franchement mon opinion. Je le fis en lui disant combien j’étais affligé de le constater car les Rois du Maroc doivent, selon mon humble avis, demeurer un mystère et un recours.
Or, comment croire à l’un ou à l’autre si l’effigie du Roi est vulgarisée selon les techniques du marketing commercial ordinaire qui peut s’intéresser à tous les produits y compris ceux de consommation courante !  Il me fait signe, un doigt sur la bouche de ne pas continuer puis … en me chuchotant, me dit d’accord, d’accord… j’ai bien compris.Voir le Roi, a fortiori le rencontrer, était un privilège qui marquait toute une vie et je n’évoque ici que l’aspect des relations personnelles et presque d’ordre familial qui caractérisaient les liens que les Souverains marocains avaient tissés avec leurs sujets et leurs citoyens.
L’aspect politique concerne un autre registre qui, lui, a su garder quasiment intact le respect des bonnes manières et que les différentes constitutions ont conservées et protégées par des lois express.
Qui pouvait imaginer seulement ce qui arrive aujourd’hui aux demeures royales ? Où sont passées nos bonnes manières? Pourquoi évoquer la Loi? L’amour et le respect n’ont pas besoin de code. Et puis zut pour les affaires quand les valeurs sacrées qui ont forgé notre identité sont en jeu.
A l’heure où notre éducation d’antan marque le pas dans un océan d’égoïsme et d’inélégance sans précèdent, que dire sinon qu’il faut regretter que peu de voix  s’élèvent pour rappeler qu’un pays qui se veut fort et respecté ne peut renoncer à sa culture. Voyez la qualité et le degré de vénération des Japonais pour leur Empereur et plus près de nous l’affection inconditionnelle des Anglais pour leur Reine. Un peuple qui se démarque des valeurs ancestrales de son éducation et de ses mœurs provoque le destin. S’il n’est pas demandé aux Marocains d’être tous des Samouraï, rien ne les empêche de rester bien- entendu des êtres simples, affectueux et dignes.
Est-ce de la nostalgie ringarde que d’aimer son pays, d’aduler ses Rois? Est-ce que les sentiments empêchent en quoi que ce soit l’ouverture sur le monde extérieur et l’évolution? Ne peuvent le croire vraiment que ceux qui ont, à mon avis, perdu la foi et la capacité d’aimer.

www.fmdt.ma

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *