De l’espoir et de la circonspection

ALM : Quel regard portez-vous sur le scrutin du 27 septembre ?
Ismaïl Alaoui : Un regard d’espoir, mais aussi de circonspection. Le mode de scrutin de liste et les modalités qui l’accompagnent sont un message adressé à tous nos concitoyens pour leur dire que les procédés qui ont prévalu jusqu’à présent n’ont plus à se perpétuer et que par conséquent, nous aurons des élections qui, sans pour autant atteindre le summum de l’honnêteté, donneront une idée assez précise de la volonté populaire. Il est vrai aussi –et c’est là où intervient la circonspection – que 47% de nos concitoyens sont analphabètes et qu’une très forte proportion de Marocains vivent au-dessous du seuil de la pauvreté. Ces deux données ne sont pas de très bons compagnons pour la démocratisation de la vie nationale.
En quoi le programme du PPS se différencie-t-il de ceux des autres partis ?
D’abord par la clarté de l’énoncé. C’est l’aspect concret de nos propositions et la volonté et l’engagement ferme que nous allons travailler pour la matérialisation de ce programme. Ce sont les propositions concrètes que nous avons faites sur tous les plans et les cinq engagements que nous avons pris vis-à-vis de nos électeurs. Et d’abord faire en sorte que l’Etat de droit et de la démocratie dans notre pays soit renforcé. Mais quand on parle de démocratie, il ne s’agit pas tout simplement de la démocratie représentative, mais aussi de la décentralisation et de la déconcentration de l’administration, sans oublier les aspects de démocratie économique, sociale et culturelle. Il s’agit également de faire en sorte que les forces productives dans notre pays soient développées. Forces productives signifie pour nous « l’Homme d’abord », dont il va falloir renforcer ses connaissances, afin qu’il puisse s’intégrer dans l’économie moderne et être un moteur de développement.
Connu pour son engagement en faveur de la femme, le PPS n’en présente pourtant qu’une seule en tant que tête de liste locale, à Casablanca…
Il faut être réaliste et reconnaître ses erreurs. Et nous posons là un problème fondamental, qui est celui des mentalités et du caractère toujours rétrograde des mentalités par rapport à l’évolution des choses et l’évolution des sociétés. Je crois que le caractère phallocratique et machiste de notre société s’est manifesté –consciemment ou inconsciemment – chez beaucoup de militants. Il est vrai aussi qu’il y a une part de responsabilité de la part des femmes, qui ne s’intègrent pas comme elles le devraient dans la vie active politique. Elles préfèrent quelque fois une vie associative riche certainement, mais sont un peu rétives à la vie politique telle qu’elle leur apparaît. Là aussi, c’est un des éléments qui fait que les choses sont ce qu’elles sont et je trouve cela extrêmement triste. J’aurais aimé que nous puissions présenter au moins quinze à vingt femmes –ce qui est peu – comme têtes de listes. Malheureusement, cela ne s’est pas fait.
Que dire du financement de la campagne électorale ?
On ne peut que regretter la décision qui a été prise de faire en sorte que les partis participant à la campagne ne perçoivent leur aide qu’après les élections, au prorata du nombre de voix et de sièges obtenus. En ce qui nous concerne, nous n’avons pas de trésor de guerre et pas les moyens de financer des opérations pareilles. Grâce à nos militants, à nos sympathisants et à tous ceux qui considèrent que ce parti est nécessaire à la vie nationale –ce qui est vrai –, nous arrivons à assurer le train-train quotidien. Pour pouvoir financer notre campagne, nous nous sommes adressés à certaines banques, auprès desquelles nous avons pu obtenir quelques prêts à des taux normaux, qui sont, à mon avis rédhibitoires (12,5-13%). Et donc nous avons demandé une avance à l’Etat sur ce que nous espérons obtenir. J’espère que nos résultats nous permettront d’honorer nos engagements. Sinon, peut-être que certains d’entre nous se retrouveront soumis à la contrainte par corps (rires).
Qu’est devenue la Koutla dans tout cela?
La Koutla en tant qu’entité créée au début des années 90, qui a rendu d’éminents services à la démocratie, a peut-être vécu. Ce que je regrette profondément. Et j’ose espérer que son esprit se perpétuera. Parce qu’au PPS, nous pensons que la Koutla n’a pas rempli tout son contrat vis-à-vis de la nation marocaine. Nous avons encore besoin pour longtemps d’une sorte, non pas d’unanimité nationale ou d’unanimisme, mais de la réunion de toutes les forces démocratiques et de toutes celles qui ont un potentiel de progrès. Il est certain que les considérations politiciennes, les réactions d’humeur, les réactions de paranoïa quelquefois, interviennent pour fausser cette vision un peu idyllique. Là aussi, il faut faire preuve d’un peu de réalisme, prendre les choses comme elles sont et travailler dans ce cadre. Mais sans pour autant oublier la nécessité de se réunir dans le plus large front possible. Car la situation historique par laquelle nous passons, la situation internationale qui prévaut, exigent de nous que nous puissions nous retrouver soudés autour de certains mots d’ordre fondamentaux, comme le parachèvement de notre intégrité territoriale -des enclaves d’occupation espagnoles persistent dans le Nord -, le développement économique et social tel que prévu par la charte de la Koutla, ainsi que la démocratisation de notre pays, qui est une tâche de très longue haleine et qu’il va falloir poursuivre quoi qu’il en soit.
Pourriez-vous nous en dire davantage sur vos relations avec le PSD?
En ce qui concerne le travail que nous menons avec nos camarades du Parti socialiste démocratique, il faut dire que le mode de scrutin, tel qu’il est perçu, n’a pas aidé à la constitution de listes communes, chacun essayant, peut-être pour des considérations d’ordre interne, de connaître exactement ce qu’il peut représenter aux yeux des électeurs. Personnellement, je pense que c’est une erreur et qu’avant les élections, nous aurions dû faire en sorte que nos listes soient communes. Mais il y a des inerties dans toutes les organisations politiques, y compris la nôtre, qui font que les choses ne vont pas aussi vite qu’on le voudrait.

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