Débat : Le dîner du diable

Débat : Le dîner du diable

Le mouvement du 20 février, lancé par des jeunes, avait fixé une liste de revendications exhaustive mais s’insérant toutes dans des réformes approfondissant l’espace démocratique existant. Cela leur a valu une certaine adhésion des élites marocaines, cela a même eu un impact sur la classe politique, qui fait sienne l’exigence d’une nouvelle génération de réformes aboutissant à un nouveau contrat social. Les jeunes avaient eu l’intelligence de ne pas toucher à la légitimité de la monarchie, casus-belli pour l’extrême majorité des Marocains. Y compris ceux adhérant aux réseaux sociaux. Seulement sur le terrain, les jeunes ne sont plus maîtres de leur mouvement. Les intégristes d’Al Adl Wal Ihssane les ont dépossédés, par étapes, de leur mouvement. Déjà le 20 février à Casablanca, le comité de coordination a eu une surprise qui aurait dû attirer les soupçons. La veille dans une réunion de préparation, tous les courants participants, y compris la jeunesse Adliste, avaient adopté une liste de slogans et décidé d’éviter toute identification partisane. Le jour de la manifestation, les intégristes ont apporté un matériel sono des plus performants,  avaient monté une estrade et transformé la manifestation en meeting intégriste. Dans l’Oriental, la participation intégriste massive n’a laissé aucune place aux revendications démocratiques des chabab et a préparé les émeutes qui ont suivi, par le climat de tension créé par les fous de Yassine. Depuis ils ont pris la décision politique de prendre la direction du mouvement. Il faut se rappeler que ce mouvement a en tête le modèle iranien et qu’il pense changer le régime par une révolte populaire massive. En 2006, son cheikh avait annoncé que la Kaoumia aurait lieu parce qu’il a eu une vision. Ridiculisé par le calme plat, il s’est rétracté en disant que les visions, en tout cas les siennes, n’étaient pas forcées de se réaliser dans l’immédiat. Le courant fascisant a donc initié plusieurs actions, annoncé des dates de manifestations comme pour prendre clairement la tête du mouvement. Celui-ci, faible numériquement, est pris au piège. Dès le départ il aurait dû refuser de se liguer avec des antidémocrates. «Al Adl Wal Ihssane» est contre la démocratie qu’il ne consent à accepter que comme moyen. Il est pour un califat où le chef en véritable Führer, adoré au sens païen par ses milices, dirige au nom d’une relation privilégiée avec Dieu. Si par malheur il arrivait au pouvoir, tous ces jeunes seraient embastillés ou devraient se soumettre au diktat. Celles qui réclament plus de démocratie se retrouveront voilées et liées de force à un frère barbu. En fait, les jeunes ont oublié un vieil adage: «Il ne faut jamais souper avec le diable même avec une grande louche». Les fascistes ne peuvent être fiables dans une alliance démocratique. Ils ne peuvent que l’utiliser pour d’autres fins. Pour l’avoir oublié, les jeunes ont peut-être perdu le contrôle de leur mouvement.

  M’hamed Karim

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