Débats : Autour du projet de l’Union pour la Méditerranée (1)

Débats : Autour du projet de l’Union pour la Méditerranée (1)

La Méditerranéité constitue toujours une espérance. Guidée par des utopies politiques, des intérêts économiques contradictoires ou par une volonté d’échanges et d’ouverture. Cette espérance se trouve, chaque fois, brouillée par des facteurs d’adversité qui empêchent les élans fédérateurs et les efforts de rapprochement et de complémentarité de se réaliser.
En dépit de toutes les formes d’obstacles, qui émanent de la rive Nord aussi bien que du Sud- Est, on assiste à un mouvement d’échanges sans précédent de produits, de corps, de modèles et de symboles en Méditerranée. Depuis l’Antiquité, le pourtour méditerranéen est animé par une dialectique inachevée du même et du différent, des Grecs ou des Latins et des barbares, des croyants et des infidèles, des démocrates et des autocrates…, etc. La volonté de puissance de l’un tend toujours à récupérer le multiple et le multiple cherche toujours à se multiplier.
Cette partie du monde a toujours été le théâtre de projets qui se sont souvent heurtés à une sorte de complexité intraitable, où bien ils se bloquent à cause d’objectifs contradictoires ou de stratégies politiques de contournement.
Il est juste de dire que la Méditerranée constitue l’espace ou se concentre la majeure partie des problèmes qui préoccupent les acteurs politiques mondiaux. Il est aussi légitime de réfléchir sur les moyens susceptibles de sortir cette région des blocages et des souffrances qui la rongent. Le projet pour la Méditerranée, tel qu’il est proposé par la France, acquiert une importance capitale dans l’état actuel des rapports -conflictuels ou pacifiques- entre les pays du pourtour méditerranéen. D’ailleurs, la France ne fut-elle pas toujours une plaque tournante de toutes les péripéties qu’a connues la Méditerranée ?
Cependant, comment peut-on concevoir –et gérer- une Union dans une zone de continuelles turbulences et de complexités structurelles ? Et quels sont les mécanismes possibles pour propulser les acteurs de la communication et surmonter les nœuds conflictuels ?
Dans un texte intitulé : «Penser la Méditerranée et méditerranéiser la pensée», Edgar Morin dit : «les cartes géographiques et par la même nos représentations mentales nous empêchent de voir la Méditerranée. Je le compris à Valence, où devant faire un cours sur la Méditerranée, j’en demandai une carte. La carte cherchée, partout, fut introuvable: il y avait des cartes d’Europe, d’Asie, d’Afrique, mais pas de carte méditerranéenne. Et pourtant, durant des milliers d’années, cette mer fut matricielle et porta en elle la plénitude civilisatrice… Ce nom fut une conséquence du développement des civilisations continentales. Aujourd’hui la plénitude est devenue vide, la mer est devenue frontière», (Morin. 1998).
Dix ans se sont écoulés après la rédaction de ce texte d’Edgar Morin, c’est-à-dire trois ans après la conférence de Barcelone (27 et 28 novembre 1995). Comment peut-on réfléchir la question de la Méditerranée à la lumière du nouveau discours sur «L’Union pour la Méditerranée» ? Comment penser cette « plénitude devenue vide» et cette mer qui ne cesse «de devenir frontière»?
Mer d’échanges et de guerres, de monothéismes et de polythéismes, de tolérance et de fanatisme, elle voit, et tout le monde observe, que les oppositions religieuses, ethniques et nationales s’aggravent surtout après les événements du 11 septembre 2001, comme elle intériorise les grands conflits qui accompagnent la mondialisation. «Une ligne sismique, partant du Caucase, traversant le Moyen-Orient et s’avance en Méditerranée, concentre en elle de façon virulente l’affrontement de tout de qui s’oppose dans la planète : Occident et Orient, Nord et Sud, Islam et Christianisme (avec l’interférence aggravante du judaïsme), laïcité et religion, fondamentalisme et modernisme. Richesse et pauvreté… la guerre endémique qui sévit dans le Moyen-Orient, fait de celui-ci la principale poudrière du monde», (Ibid).
Avant d’interroger le nouveau discours politique sur l’Union pour la Méditerranée, je voudrais commencer par évoquer un constat, ou presque, et questionner en deuxième lieu deux des termes qui sont souvent évoqués d’une manière ou d’une autre dans tout discours sur la Méditerranée à savoir la frontière et la diversité.
Le constat nous permet d’observer que l’idée de la Méditerranéité est entrée dans une phase historique d’une richesse et d’une complexité sans précédent. Avec la tendance de remise en question de la souveraineté, de nation, de frontières, le processus de construction de l’Europe, la mondialisation, l’émigration accélérée des corps et des imaginaires…, etc se posent des questions sérieuses sur soi et sur l’Autre, sur les rapports aux temps et sur les nouvelles perceptions du réel…etc.
Ces mutations profondes mettent certaines couches fragiles, ou fragilisées dans un dilemme parfois incontournable : affirmer, d’une manière «pathologique», ou du moins exagérée, son identité (moderne, traditionnelle …) ou bien accepter la perte de ses fondements ?
Un choix ressenti par certains dans le pourtour méditerranéen comme un choix tragique entre l’intégrisme et la désintégration.
Les médias s’impliquent de plus en plus dans le contexte historico- culturel que traverse l’idée de Méditerranéité en préparant, en accompagnant ou en justifiant les différentes stratégies politiques. Rien n’est clairement définitif. Les projets s’inaugurent et se bloquent, les accords se signent et ne s’appliquent pas, les intentions s’affichent et ne se respectent pas.

• Par Mohammed Noureddine Affaya

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