Débats : La priorité des priorités du gouvernement Jettou

Deux mois seulement après la constitution du gouvernement présidé par Driss Jettou, il n’est pas simple de pouvoir « lui » déterminer trois priorités pour l’année 2003. En effet, l’action gouvernementale est inscrite, globalement et sur la période 2002-2007, dans la déclaration gouvernementale en plus du cadre que les orientations Royales lui ont fixé.
Pour ce qui est de l’année 2003, la loi de Finances adoptée déterminera les moyens financiers de cette action gouvernementale. Donc, clairement, le gouvernement aura besoin de temps pour redéployer les moyens qui sont ou qui seront disponibles en fonction des objectifs qui lui ont été fixés par S.M le Roi et qui sont la revalorisation du système éducatif, la promotion de l’investissement productif et créateur d’emploi, la promotion de l’habitat décent et qui constituent de vastes chantiers nécessitant de lourdes infrastructures ( chantiers de grands travaux) et une véritable mobilisation générale du potentiel humains national. Et c’est probablement au niveau de cette mobilisation que le gouvernement part avec un déficit politique certain alors que le levier politique est éminemment important pour maximiser cette mobilisation. Car, et même si cela ne transparaît nullement à partir du discours du Premier ministre lui-même, la représentation que se font de larges secteurs de l’opinion publique de l’avènement de ce gouvernement est une véritable option pour « le technocratique » au détriment du politique qui a dominé dans les choix et la composition de ce gouvernement.
Que cette représentation soit fausse ou vraie ne change rien, au fond du problème à son niveau politique. Car, cette représentation qui a largement été véhiculée par la presse trouve, au sein même des partis politiques et chez les militants politiques, une unité évidente lorsqu’elle ne prend pas sa source et son argumentaire chez certains des militants qui estiment que la « dégradation » de l’image des partis politiques n’était pas une nécessité pour une bonne gouvernance.
Evidemment, et il est nécessaire de le souligner ici, la nomination de Driss Jettou comme Premier ministre a été accueillie favorablement. Peut-être plus parce qu’elle a intervenu comme solution à une situation politique qui comportait certains risques de crispation politique suite à la lutte pour la Primature qui a été engagée juste après les élections du 27 septembre entre deux partis de l’ancienne et de la nouvelle majorité . Crispations politiques qui auraient pu engendrer les mêmes attitudes autour de la Primature que celles de 1993 et de 1994 qui ont retardé l’ expérience de l’alternance consensuelle de 1998 à 2002.
Mais, technocratie ou non, le gouvernement est une institution politique et la politique se doit de prendre en ligne de compte les représentations que se fait l’opinion publique de ses gouvernants, quelles qu’elles soient. La priorité des priorités de ce gouvernement est de dépasser cette image de « gouvernement par défaut ». Le Premier ministre dispose de certains moyens pour contourner cette image. Et le meilleur parmi ces moyens est d’aligner des réalisations substancielles.
En effet, conçu et présenté pour être un gouvernement d’action, et malgré le nombre apparemment élevé de ministres qui le composent, l’architecture « politique-technocratique » d e ce gouvernement ainsi que la synergie escomptée avec les « préparateurs » de la haute décision que sont les conseillers de S.M le Roi donnent, a priori, au Premier ministre les moyens d’efficacité et de célérité dans la prise de décision. Ainsi, pour le grand chantier de la réforme du système éducatif, le Premier ministre est directement « épaulé » par le président de la COSEF et conseiller du Souverain qui était déjà en charge de ce dossier. De même pour tout ce qui concerne les grands chantiers d’infrastructures. La concertation des secteurs de l’équipement et du transport au même ministère, pourvu qu’une synergie suffisante voie le jour entre ce secteur et le ministère de l’Intérieur, le développement rural, local et régional, y compris dans sa dimension éducation-formation, peut devenir une réalité et non pas une simple expression d’une volonté politique.
Enfin, en pour ce qui concerne l’investissement productif et créateur d’emploi, la promotion des PME, par leur mise à niveau ou par l’encouragement de création grâce à la disponibilité du capital-risque, les derniers aménagements juridiques ayant accompagné la mise en place des centres régionaux d’investissement donnant aux walis de régions toutes les compétences en la matière devraient faciliter l’efficacité gouvernementale dans ce domaine.
Pour résumer, disons que ce gouvernement dispose de tous les moyens pour bien faire et pour faire plus vite au niveau de la conception et de l’exécution de ses projets prioritaires. Les médias lui demanderont de mieux communiquer sur son action. Les politiques lui demanderont certainement de produire d’abord des choses à communiquer, de préférence des choses compréhensibles pour le simple citoyen. Car, le grand handicap du technocrate par rapport au politique est que le technocrate est plutôt habitué à s’intéresser, en priorité, aux moyens (exemple : réaliser et maintenir les grands équilibres financiers, les nouvelles réglementations etc.) alors que le politique ne peut défendre auprès des parlementaires, et donc auprès de l’opinion publique et des électeurs, que des résultats (exemple : développement de l’emploi, amélioration du système éducatif, promotion de l’habitat, etc…).

• Mostafa Zaoui

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