Débats : Le développement local et la démocratie

Le développement ne peut se limiter à la question de l’équipement. Il doit forcément toucher d’autres secteurs comme la gestion des ressources humaines et l’investissement humain. Le législateur n’a pas tort d’articuler tout projet, dans ce domaine, autour de l’institution de la Commune comme collectivité locale.
Une cellule conçue pour dépasser la spontanéité de la vieille morphologie sociale traditionnelle et focaliser les mécanismes de la gestion sociale moderne. Si la critique et l’analyse peuvent s’entamer sur les lois et les textes, au niveau surtout des attributions des élus et le contrôle financier ou administratif, il n’en demeure pas moins important de signaler que c’est au niveau du rapport société-administration-commune, que se joue la démocratie locale, surtout par rapport à la dynamique des groupes, aux faits et aux enjeux. Car, sans un minimum de communication, la dynamique se cristallise sur une mécanicité rigide qui pourrait engendrer le désespoir et l’inertie. Mais, pour sauver la situation, il est impératif de penser en termes de communication horizontale et participative et non à travers le directivisme bureaucratique vertical (administration- élus-communauté). On doit essayer une coupure méthodologique avec les vieux comportements et les mentalités archaïques qui croient détenir la vérité dans un monde où la vérité est éclatée et où la décentralisation de la connaissance et le pouvoir font vogue. Mais toujours est-il que c’est par une vraie méthodologie pédagogique qui va du rassemblement des données et problèmes jusqu’au partenariat de décision en passant par le maillon principal et essentiel, en l’occurrence le conseil que cela pourrait se faire. L’exploration et le rassemblement des données doivent être effectués par des initiés pour éviter et bricolage et gaspillage. Les décisions doivent être collectives pour responsabiliser la population et l’inciter à prendre part au sort de la communauté, ce qui produira l’enthousiasme nécessaire à la participation et à la continuation. Penser la méthode de la démocratisation peut aboutir, entre autre à l’institution de conseils qu’on peut présenter sous quatre formes articulées :
1- Un conseil technique à deux volets, le premier est théorique et peut s’entamer par le biais de la sensibilisation et du débat. Le deuxième est appliqué et ne doit pas être seulement technique ( ingénieurs, techniciens…) mais relevant, également, de l’ordre des sciences sociales et humaines ( juristes, économistes, financiers, sociologues, géographes, urbanistes…) comme on a institutionnalisé le conseil des élus, on doit réfléchir à créer l’institution d’un conseil des conseillers.
2- Un conseil corporatif et syndical dont le rôle serait, en collaboration avec les services de contrôle, la gestion quotidienne des métiers et transactions.
3- Un conseil de sages qui peut lier avec la vieille Jmaa, le clan, le Ksar, la tribu… dans le dessein d’ancrer l’identité d’une part, et doter l’ensemble du processus d’un degré de participation plus élevé, mais sans aucun traditionalisme rétrograde susceptible d’entraver le mécanisme souhaité.
4- Un conseil culturel qui veille à harmoniser la structure dans les signes de la représentation unique, mais tolérante du monde.
Le processus doit s’effectuer par le biais d’une communication élaborée pour ne pas tomber dans l’inflation des informations et de données : il doit être véridique pour ne pas désinformer ni trahir, il doit être aussi efficace pour préparer le contrôle circulaire qui sera le vrai et le seul de demain. Des techniques comme une presse locale, des affiches, séminaires… peuvent être élaborées au profit d’une masse avide de développement, de démocratie, de justice et de participation. Il va sans dire alors que le lien entre le développement local et la démocratie est dialectique, et doit se construire rationnellement, d’abord par des élites à même de produire la mentalité de gestion rationnelle du quotidien. Une telle articulation est d’une nécessité d’ordre majeur d’où le besoin d’une production et d’une formation stratégique de ces élites, afin de contourner l’inertie « confortable », la petite politique politicienne, la démagogie et l’arrivisme lesquels n’engendrent que le repli de la bonne monnaie sur elle même et sa propre mort.

• Ben Mohamed Kostani
Sociologue – Goulmima

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