Débats : Les annales d’une diplomatie

Avec l’avènement des impérialismes, les relations interrégionales en Afrique connaîtrons un effritement sans précédent. Des relations aussi importantes que le commerce transsaharien, suivis de rapports socioculturels et politiques qui virent leur apogée déclinée. Le remplacement de ces anciens rapports de coopération par de nouveaux modeles d’exploitation, sonna le glas à la traversée du Sahara et à la connaissance de l’autre, si présent et accepté comme tel jusqu’a la fin du XIX° siècle. Le colonialisme édifia pour son compte, et bien après les indépendances, des systèmes d’aliénations sud – nord régissant toute politique de l’aliéné. C’est dans ce monde que le Maroc d’après 1956 se trouva obligé de s’immiscer dans les affaires africaines de par l’intérêt politique imposant de ces relations sur son avenir. L’indépendance de la Mauritanie et la guerre des sables avec l’Algérie déterminerons à tort ou à raison son comportement politique vis-à-vis des pays africains, suivant le niveau de leurs appuis aux positions marocaines dans les instances régionales et internationales. Sans oublier pour cela la mainmise de la politique française en Afrique en général, et la présence militaire américaine au Maroc avant 1973, dans un cadre de guerre froide bien imposant. Un concours presque total des partis nationalistes et du Palais pour une tendance vers l’Ouest s’observa depuis l’indépendance, sans pour autant omettre de soutenir les mouvements d’indépendances africains relativement proches du bloc de l’Est, le congrès du groupe de Casablanca en 1961 par opposition au groupe de Monrovia en est l’exemple typie. Le Maroc y affirma avec éclat cette dernière vocation en réunissant ce Sommet. Il est alors un des plus fermes soutiens des mouvements de libération d’Afrique australe. A la suite, des revirements des positions africaines qui virent le jour après ce sommet (soutien à la position française pour l’indépendance de la Mauritanie et le soutien à l’Algérie dans le conflit des sables), positions généralement négatives pour le Maroc, pousserons ce dernier à un virement total, le Maroc, depuis lors, se positionnera aux cotés des mouvements à tendances capitalistes.
Depuis, le Maroc a pris part successivement aux opérations de maintien de la paix suivantes en Afrique:
– ONUC : République du Congo : de juillet 1960 à juin 1964. – Opération des Nations Unies en Somalie I (ONUSOM I) : depuis avril 1992 jusqu’en mars 1993.
– Les Forces Armées Royales marocaines ont participé avec 5 observateurs militaires avant de déployer des unités militaires de l’ordre de 1430 hommes suite à la création de la Force d’intervention unifiée (UNITAF) en décembre 1992.
– Opération des Nations Unies en somalie II (ONUSOM II) : le Maroc a également participé avec des Unités militaires à cette opération qui a pris la relève de l’UNITAF depuis mars 1993 et jusqu’en mars 1994. – Mission des Nations Unies en République Démocratique du Congo (MONUC) : qui a commencé le 30 novembre 1999 et qui est toujours en cours.
– Le Maroc a également envoyé des observateurs militaires et des membres de la police civile en d’autres missions de maintien de la paix de l’ONU, notamment en Angola (UNAVEM II) entre 1989 et 1996.
Cela dit le Maroc a pris part à d’autres missions d’aide et de soutient aux régimes africains pro-occidentaux en difficultés (généralement totalitaires), par l’envoi d’éléments de police; instructeurs et autres dans les Guinées par exemple, ainsi que des forces militaires pour soutenir l’ancien régime de Mobutu dans l’ex Zaïre.  » Il intervient militairement au Zaïre, en 1978 et 1979, à la demande du gouvernement du président Mobutu pour aider à la préservation de l’unité territoriale de ce pays ». Ces opérations dictées en partie par la France ou les USA compléterons d’autres plus secrètes, liés à certains complots, ce qui ne redorera guerre le blason de l’état marocain. D’ailleurs en 1975 et avec la récupération du Sahara, ses relations avec l’Afrique connurent d’autres tournants. La gestion anarchique de sa diplomatie fera perdre au Maroc ses anciennes positions africaines, ce qui sera couronné par la reconnaissance de la « République arabe sahraouie démocratique », ainsi que de son départ des instances de l’OUA.
L’imbroglio de cette affaire détermine encore la nature des relations maroco-africaines, autrement il sera judicieux de changer la mentalité régissant notre diplomatie, en la professionnalisant, par une formation culturelle et pratique des diplomates envoyés dans la région suivie d’un travail de réflexions, de l’intérieur, et d’autocritique de l’histoire des positionnements marocains en Afrique. Le discours royal du 20 août 2002 en a fait une des directives principales que le nouveau gouvernement doit suivre.
Reste à savoir si un changement de certaines figures de cette diplomatie et de certaines de ses pratiques aristocratiques, serait bien bénéfique pour le salut de la position du Maroc en Afrique.

• Khalid CHEGRAOUI
Historien, Etudes africaines
Faculté des lettres SAIS – FES

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