Débats : Mohamed Ziane : Baisser les taux d’intérêt bancaires

Tout le monde s’accorde à dire que le malaise actuel de l’économie est dû, en grande partie, aux conséquences néfastes de la campagne d’assainissement engagée en février de 1996. Les décideurs économiques auraient reçu un choc émotionnel tel que, six ans plus tard, ils n’arrivaient pas encore à se ressaisir.
De ce fait, la volonté de reprendre la situation en main et de relancer l’économie doit s’analyser à partir de cette triste vérité et chercher à récupérer ce qui a été perdu pour le pays à cause de cette néfaste expérience nationale.
Personnellement, j’estime que les trois décisions les plus urgentes que doit prendre le gouvernement pourraient être, entre bien d’autres, celle de baisser les taux d’intérêts bancaires, le plus rapidement possible. Aucun des pays limitrophes n’a des taux d’intérêts à deux chiffres. Certes, c’est la Banque du Maroc qui détermine le coût de l’argent, mais c’est le gouvernement qui fixe le taux de surenchère, par arrêté du ministère des Finances et qui s’élève à 14% au Maroc, alors qu’en Tunisie il est inférieur à 7%. Cette décision doit avoir un effet rétroactif et s’appliquer aux crédits engagés et non encore échus. Faire bénéficier les entreprises de cette baisse, par l’annulation des échéances immédiates, mettrait à leur disposition des liquidités monétaires représentées par la différence entre le taux contractuel et celui décidé par le gouvernement. Une nouvelle manne d’argent injectée dans l’économie nationale sans engendrer aucune inflation et sans avoir besoin de l’accord préalable de l’Institut d’émission.
Cette même pratique doit être élargie aux échéances échues, mais non encore honorées, pour alléger la dette immédiate de l’entreprise, à un moment où le non-paiement est caractéristique de difficultés financières. Cette baisse des taux d’intérêts peut être accompagnée d’une révision fiscale basée sur des principes préétablis, comme :
– La recherche de l’élargissement de la base imposable par une baisse des taux d’impôts.
– La généralisation de l’impôt à tous les domaines, par l’annulation des secteurs exonérés d’impôts, malgré la réalisation de bénéfices. Une deuxième mesure assez urgente à prendre est d’ordre politique. Il s’agirait de déclarer la plus large amnistie possible, suivie de déclarations officielles que tous les dossiers nés de la campagne d’assainissement sont définitivement clos et qu’aucune personne ne pourra être molestée sur la base d’enquêtes ne reposant que sur les simples déclarations des accusés dans cette triste campagne d’arrestations arbitraires et d’extorsions d’aveux dans un climat de délation généralisé. La troisième démarche à entreprendre – et c’est peut-être la plus importante – relève du domaine de la Justice. J’estime urgente et nécessaire la profonde réforme du système judiciaire, en vue de parvenir à obtenir le même jugement devant n’importe quel tribunal pour n’importe quel justiciable, dans n’importe quel coin du Maroc.
Partout la même solution de droit doit être obtenue par le plaignant, au lieu d’assister à différentes solutions pour un même litige, émanant du même juge, selon le lien subjectif qui le lierait à l’une des parties. Un magistrat qui change sa jurisprudence est un magistrat incompétent.

• Me Mohamed Ziane

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