Débats : Parlement ou bombe à retardement ?

Les élections du 27 septembre 2002 se caractérisent par deux phénomènes : la transparence et l’élection de 35 femmes à la Chambre des représentants. En ce qui concerne la transparence, nul ne peut contester que les députés du Parlement ont été élus de manière démocratique, malgré quelques pratiques malhonnêtes dont les auteurs ont été passibles d’amende ou d’emprisonnement. Mais la transparence des élections ne garantit pas forcément l’émergence d’un parlement fort et crédible. La démocratie des élections ne peut donner ses résultats que si les élus sont sérieux et de bonne foi. Il incombe donc aux partis politiques d’examiner à la loupe les dossiers des candidats proposés aux élections ; car ce sont les hommes qui font la démocratie et non pas la démocratie qui fait les hommes.
La cellule parlementaire est composée de deux sexes de même nationalité, de même religion, mais peut être de philosophie et d’ambition différentes. Il s’agit des hommes avec tout ce que ce mot comporte de force physique, de suprématie matérielle et intellectuelle, d’hégémonie politiques et économique et des femmes, reléguées au second rang dont la quasi-totalité est analphabète, exploitée, soumise à l’autorité masculine. Donc, la balance est penchée du côté des hommes. Est ce que le temps est venu pour la rééquilibrer ? Est ce que les deux sexes, malgré les disparités flagrantes citées peuvent vivre en symbiose et se fixer les mêmes objectifs?
Le travail et les efforts des députés parlementaires doivent être orientés vers la résolution des problèmes, la préparation des mécanismes favorables à une véritable relance économique et à l’amélioration des conditions de vie des citoyens. Si ces objectifs font l’unanimité, on peut se féliciter d’avoir un parlement fort et crédible. Si chacun des deux sexes se limite à résoudre ses propres problèmes à lui ou si mesdames et messieurs les députés travaillent en l’absence d’un esprit de coopération et de coordination tout en essayant de favoriser leur sexe respectif, on risque de ravaler le dôme du parlement à un ring dans lequel les députés (hommes contre femmes) se livrent à un combat acharné ; et il est fort probable que les femmes puissent remporter la victoire parcequ’elles combattent avec acharnement et obstination.
Si l’on analyse les quelques déclarations faites par certaines femmes députées, que ce soit pendant la campagne électorale ou après leur élection, on comprend, qu’elles sont mobilisées à entamer une lutte acharnée contre toute sorte d’asservissement et d’exploitation de la femme marocaine, à plaider la cause de leur consoeur jusqu’à ce que cette dernière récupère son entière liberté et ses droits légitimes. Elles se fixent pour objectif primordial l’amendement de la «Moudawana» prôné avec insistance depuis belle lurette.
C’est l’occasion maintenant pour mesdames les députées de réaliser ce grand projet. Mais travailler sur dossier avec dévouement et fanatisme sans en mesurer les retombées négatives serait une aventure qui risquerait de semer la panique et plonger le pays dans la chaos. Revendiquer l’égalité des sexes et modifier certaines loi sous prétexte d’améliorer le statut juridique de la femme dans une société qui compte 80 % d’analphabétisme féminin, est une démarche qui envenimerait la vie des deux sexes et mettrait leur existence en péril.
Nous sommes tous pour l’amélioration des conditions de la femme et non pour leur détérioration. Il faudrait que mesdames les députées traitent avec le dossier de la femme avec vigilance et esprit critique tout en mesurant l’impact, sur le plan social, de toute réforme éventuelle, sans oublier que leurs efforts doivent être joints à ceux de l’homme et canalisés vers la réalisation du bien-être du citoyen marocain, sans discrimination ni distinction de sexe.

• Ahmed Al Khatrouni (Boujaâd)

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