Décès de Mimoun Habriche

Il aurait pu être doré sur tranche, mais il a choisi de rester attaché à ses idées, «fidèle à la cause» et de les défendre par la plume. Etudiant, il a été énormément influencé par feu Aziz Belal, qui a marqué la vie politique et universitaire et des générations d’étudiants et d’enseignants, notamment dans la décennie soixante-dix. Marxiste convaincu, il abandonnera le milieu banquier pour se consacrer à l’enseignement universitaire. Ses ex-collègues de la BMCE ont presque tous gravi le summum des échelons de la promotion bancaire avec tout ce que le secteur offre en matière de vie décente, de garantie et d’assurances.
Mimoun, lui, avait horreur de la mondanité et de l’argent. Il refusait tout ce qui a un lien avec le carriérisme, y compris partisan. Le soldat inconnu. Il préfèrera l’enseignement des statistiques aux étudiants au grand capital. Enseignant universitaire à la Faculté de droit de Casablanca, il mettra toutes ses compétences au service de ses étudiants. Des étudiants tout court. Il aura encadré, dans sa courte vie, des centaines de thèses. Mimoun était aussi celui qui ne dit jamais non à ceux qui sollicitent son aide. Partout dans le Grand Casa et ailleurs, il avait des ex-étudiants devenus responsables auprès desquels il n’hésitait pas de recourir pour entreprendre des démarches.
Habriche était d’abord le militant sûr sur lequel le parti pouvait compter pour les missions les plus délicates. Il avait adhéré au Parti de la libération et du socialisme dans les années 1968-69, dans le feu de Mai 68 en France et ses incidences au niveau des intellectuels et étudiants marocains. Depuis, il est resté fidèle à la cause des démunis. Comme de nombreux militants du PLS (Parti de la libération et du socialisme devenu Parti du progrès et du socialisme en 1974), le militant doit être polyvalent et comprendre tout. Avec Aziz Belal et Simon Lévy, il fera ses premières armes médiatiques à AL Bayane, en bénévole. Il commença à contribuer à l’alimentation du journal en articles et études économiques et faisait preuve d’un avant-gardisme en la matière. Il va falloir attendre la décennie quatre vingt-dix pour qu’il intègre la Rédaction d’Al Bayane, dirigée à l’époque par feu Nadir Yata. Avec Abdeslam Seddiki, il s’occupera des questions économiques.
Depuis, avec quelques coups de têtes, il restera fidèle au poste. Editorialiste, il assurait aussi la rubrique «A propos de …» pendant presque une décennie. Zakaria Ibrahim, pseudo qu’il avait choisi et qui représentait les prénoms de ses deux fils, traduit aussi une facette du militant qui est resté marqué par les années de plomb, en dépit des grands acquis de la liberté d’expression et d’opinion.
Durant sa vie de journaliste, Mimoun a fait preuve d’abnégation et d’amour de ce métier qu’il trouvait noble. Il s’est distingué par une plume lisible qu’une grande culture confortait au point que Hachem a acquis, par l’humour, un lectorat appréciable. Que sa petite et grande famille, ses nombreux amis et nos confrères d’Al Bayane trouvent ici l’expression de toute la peine occasionnée par cette perte cruelle.

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