Dénonciation fatale

Enfin, il est tombé amoureux. Comment ? Il ne sait rien. Saïd a tout juste vingt-deux ans. Tous les habitants d’un quartier de Fès le connaissent. Il rend service à tous, sans exception, en échange de quelques dirhams. Personne ne sait d’où il est venu, qui sont ses parents, sa famille. Il avait raconté à quelques jeunes garçons du quartier qu’il était issu d’une famille pauvre de Taza, composée de sept frères et soeurs, que chacun de ces derniers se débrouillait comme il pouvait dans une des villes du Maroc. Il leur avait affirmé avoir passé quelques années à l’école. Seulement, il n’a pu poursuivre les études au-delà de la cinquième année de l’enseignement fondamental. Et il est resté chez lui, près de ses parents durant une année. Quand Ahmed, originaire de son village et propriétaire d’un four traditionnel à Fès lui avait demandé de travailler avec lui, il n’avait pas hésité une seconde. Il l’avait accompagné. Au fil des mois, son travail au four traditionnel lui avait permis de connaître presque tous les habitants du quartier. Touchés par sa situation misérable, ceux-ci l’avaient pris en sympathie au point qu’ils n’hésitaient à lui donner des vêtements et à lui verser quelques sous. Sept ans plus tard, il a été chassé par le propriétaire du four. La cause : il l’a accusé de lui avoir subtilisé deux cents dirhams. Saïd a protesté de son innocence. Les habitants du quartier l’ont cru et se sont adressés à son employeur pour qu’il revienne sur sa décision. Mais en vain. Les habitants l’ont aidé, par la suite, à trouver un travail dans hammam. Seulement, il n’a pas pu supporter le travail de «Kessal» et s’est contenté de se débrouiller en rendant service aux habitants. Il fait les courses pour celui-là et bricole pour l’autre…etc. Ils étaient généreux avec lui, celui-là lui versant des sous, l’autre des vêtements et un troisième de quoi manger. Pour le gîte, le propriétaire du hammam lui permettait d’y passer la nuit. De coutume, Saïd disparaît, le dimanche, du quartier. Il profite de ce jour, en se rendant au cinéma, au parc ou pour rencontrer des jeunes avec lesquels il a entretenu des relations amicales. D’un dimanche à l’autre, il a fini par rencontrer et connaître Malika, une belle jeune fille de 18 ans. Certes, il ne lui a pas parlé de sa situation, ni de son travail. Il a prétendu être issu d’une famille de Taza, travaillant comme courtier dans une agence bancaire. Malika l’a cru. Et d’une rencontre à l’autre, il est tombé amoureux d’elle au point qu’il ne songe plus la quitter. Il était en sa compagnie, en ce début du mois d’août, dans l’un des parcs de la ville. Et par hasard, il rencontre Ali. Celui-ci n’en a pas cru ses yeux en voyant Saïd avec une belle jeune fille comme Malika. Il s’est avancé vers eux, les a salués avant de les inviter à prendre un café. Saïd a décliné poliment l’invitation. Quelle mouche a piqué Ali à ce moment ? Il a décidé de les suivre, décidant que Malika serait sienne. Vers 18h, ils se sont séparés et Ali, qui s’est assuré que Saïd avait pris le bus, a abordé Malika. Il lui a demandé une seconde pour lui parler. Elle a refusé au départ en lui expliquant qu’elle avait une relation avec Saïd. Vexé, il lui a dit que Saïd n’était rien d’autre qu’un SDF qui dormait la nuit dans un hammam et qu’il vivotait en faisant des courses pour les voisins en échange de quelque menue monnaie. Ne le croyant pas, elle a attendu impatiemment le dimanche d’après pour lui dévoiler sa réalité. Il s’est contenté de se taire. «C’est notre dernière rencontre», lui a-t-elle lancé avant de rebrousser chemin. Saïd est retourné dans le quartier, s’est saisi d’un couteau, avant de se lancer à la recherche d’Ali. Une fois qu’il l’a trouvé, il lui a asséné plusieurs coups au niveau de l’abdomen avant de prendre la poudre d’escampette. Quelques jours plus tard, Ali a rendu l’âme et la police n’a pas perdu de temps pour mettre la main sur Saïd dans l’oliveraie de Aïn Ch’kaf. Il a été traduit devant la Chambre criminelle près la Cour d’appel de Fès pour être jugé.

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