Des bidonvilles pas comme les autres

Karyan Sidi Moumen. Un bidonville qui ne ressemble pas aux autres quartiers de l’habitat précaire à Casablanca. 16.000 baraques, selon le recensement de 1992. Aujourd’hui, elles sont plus de 20.000 installées dans les douars Ariab, Erhamna, Toma, Zraba, Bouâzza, El Menzeh, Moulay Hicham et Chhouba, dans l’ancien Sidi Moumen. En plus d’autres regroupées dans des zones limitrophes aux immeubles, un peu partout. Dès l’entrée du quartier Sidi Moumen, sur le boulevard de Lalla Asmaâ, du côté de l’autoroute, on voit des baraques construites de matériaux récupérés, bidons, tôles, caisses, planches, cartons goudronnés et vieilles bâches. On pénètre dans la baraque par une porte en bois ou en tôle, en général fermée par un cadenas ou un système de fil barbelé. Cette porte débouche dans la plupart des cas sur un couloir très étroit, où l’on range les ustensiles de cuisine, et deux petites chambres.
Les pièces n’ont généralement pas de fenêtres, si elles existent, elles sont petites, alvéoles, et sont situées en hauteur. Elles ne servent pas à éclairer de jour les pièces, mais plutôt à les aérer. Pendant la journée, ces pièces demeurent sombres. Les murs de l’intérieur sont faits de bois. Ceux de l’extérieur sont construits avec du béton. Les toits sont en bois recouvert de tôle. Des objets hétéroclites participent au renforcement et à l’étanchéité de la toiture. Pendant l’été, la chaleur rend la vie difficile, notamment le jour. On imagine comment une famille de huit personnes, par exemple, peut se mettre autour d’une table pour déjeuner dans une petite pièce de deux mètres carrés sous une forte canicule. « Pendant l’été, cette baraque ressemble à un four. On vit vraiment dans des conditions calamiteuses. On n’a plus le choix », souligne Abdellah, 47 ans, père d’une famille de sept membres. Dans ce bidonville, chaque saison est accompagnée de ses propres problèmes. Lorsqu’il pleut, l’eau pénètre dans la maison par le toit. Les habitants préparent des récipients et les placent dans les endroits critiques pour recueillir les fuites d’eau.
La saison des pluies est l’occasion pour ces habitants d’entretenir la toiture des baraques. Chaque fois, ils recouvrent le toit d’une feuille de plastique qui assurera l’étanchéité. Mais la résistance de celle-ci est de courte durée, les chats installés sur les toits déchirent à maints endroits la couche plastique. Les petites ruelles séparant les baraques deviennent comme des ruisseaux. Ces ruelles servent également d’écurie pour les bêtes : ânes, mulets, chevaux. Car la plupart des résidents vivent des revenus que leur rapporte une carriole tirée par un âne. Pour le transport public.
Il faut dire qu’il s’agit de l’insalubrité de l’habitat sous toutes ses formes. Il faut voir pour en croire. L’hygiène est aux abonnés absents. Les amoncellements de détritus et autres ordures ménagères, qui abondent dans tous les coins, dégagent des odeurs nauséabondes qui agressent l’odorat des habitants. Aujourd’hui, tous les douars sont alimentés en électricité.
Les familles, pauvreté oblige, installent un compteur pour deux ou trois baraques. Et vu l’architecture interne des baraques et celle de l’ensemble du bidonville, les risques d’un incendie, qui pourrait tout ravager, deviennent sérieux. Quant à l’alimentation en eau potable, les habitants s’approvisionnent, en cette denrée vitale, des fontaines installées dans chaque douar.
«Ces bidonvillois vivent dans des conditions très dures. Ce sont des milliers de familles», affirme Mohamed Achak, membre du conseil de la commune de Sidi Moumen, en précisant que le conseil actuel a mis sur place une commission, en collaboration avec les autorités locales, le ministère de l’habitat, la communauté urbaine et l’ERAC, en vue de trouver une formule pour recaser ces familles dans des logements décents. Et d’ajouter que dans ce cadre, un accord a été conclu avec les entrepreneurs dans le secteur de l’immobilier pour réserver 20 % des appartements de chaque projet au relogement des bidonvillois. Après le discours royal du 20 août 2001, dans lequel le souverain a érigé la question de l’habitat insalubre en « priorité absolue », un programme national, qui vise à éradiquer complètement l’habitat insalubre à l’horizon 2012, dont le coût global est de l’ordre de 30 milliards de dirhams, est mis en place. Dans ce cadre, une étude est en cours pour construire des appartements sur une superficie de 11 hectares pour le recasement des bidonvillois de l’ancien Sidi Moumen. Un projet dont la réalisation demandera les moyens et le temps. En attendant, les souffrances de ces habitants continuent.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *