Des bougies à la mémoire de Mehdi Ben Barka

«Où sont-ils ?» annonce, en gros caractères, une pancarte arborée par une dame, les cheveux blancs et les joues creusées de rides. Comme elle, plusieurs personnes avaient  des bougies à la main et une angoisse sur le cœur. Parmi eux, on peut identifier non seulement de proches parents de personnes disparues durant les années de plomb, mais aussi des militants de l’Association marocaine des droits de l’Homme (AMDH), du Forum Vérité et Justice (FVJ), des militants de plusieurs partis, des avocats du Barreau de Rabat, des universitaires et d’autres personnalités. Décrété il y a deux ans Journée nationale du disparu, le 29 octobre coïncide cette année avec le 41ème anniversaire de l’enlèvement et de l’assassinat de Mehdi Ben Barka. Ce même soir, un autre sit-in devait se dérouler à Paris à la mémoire du leader progressiste. 
Bachir, fils aîné de Mehdi Ben Barka, a écrit, à partir de sa ville de résidence (Paris), un message dont lecture a été donnée par le président de l’Association marocaine des droits de l’Homme, Abdelhamid Amine. Il appelle à la poursuite du combat pour que la famille du défunt puisse, enfin, faire son deuil, 41 ans après l’acte ignoble qui a coûté la vie à l’un des symboles vivants de la lutte démocratique au Maroc. Idem pour les familles d’autres disparus, entre autres, le défunt Lahoucine Manouzi dont un portrait faisait le tour de la fontaine avoisinant la gare ferroviaire Rabat-ville. Un grand moment de recueillement et d’émotion, ponctué de slogans demandant au CCDH (Conseil consultatif des droits de l’Homme) de donner suite aux recommandations de l’IER (Instance Equité et Réconciliation) en poursuivant l’enquête sur la disparition de plusieurs figures de la lutte progressiste et démocratique. «Oui à la vérité, non à l’impunité», proclamait un haut-parleur, accompagné en chœur par la grande foule qui gonflait au gré des passagers qui débarquaient à cette heure à la gare Rabat-ville. Ce mot d’ordre était accompagné d’autres slogans plus enflammés. «La page sombre des violations des droits de l’Homme n’a pas été complètement tournée, on ne peut donc se contenter de demi-vérités. Le chemin reste encore long à parcourir pour que l’Etat se réconcilie avec ses citoyens», commente un activiste des droits de l’Homme. Dans l’affaire Ben Barka, en plus de l’Etat marocain, la France est appelée à lever le secret sur les circonstances de la disparition du regretté fondateur de l’ex-Union nationale des forces populaires (UNFP). «Pour y arriver, exhorte un autre militant, il n’y a qu’un pas à franchir du côté aussi bien de Rabat que de Paris : ouvrir leurs archives pour déterminer les auteurs de ce crime ignoble». Cette exigence de vérité s’impose avec d’autant plus d’acuité qu’il faut exorciser tous les démons du passé pour bâtir sereinement l’avenir.


  L’appel de l’AMDH
et du FVJ


L’Association marocaine des droits de l’Homme et le Forum Vérité et Justice ont exprimé leur déception du fait que le rapport de l’Instance Equité et Réconciliation (IER) n’ait comporté aucune donnée au sujet de la vérité sur le dossier de Mehdi Ben Barka. Dans un communiqué conjoint distribué lors de la manifestation qu’elles ont organisée, dimanche soir à Rabat, en commémoration de la Journée nationale du Disparu, les deux organisations estiment que «la divulgation de toutes les vérités relatives à ce dossier fondamental constitue un indice révélateur de la volonté politique de faire la lumière sur les autres dossiers en suspens des graves violations des droits de l’Homme dans notre pays». Dans le même communiqué, les deux ONG demandent aux autorités publiques «d’entreprendre toutes les démarches et initiatives pour parvenir à la vérité sur l’enlèvement et l’assassinat de Mehdi Ben Barka et les autres personnes au destin inconnu».

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