Des gangsters amateurs

Il est entré, dans un état lamentable, en ce jour de décembre 2004, au poste de la gendarmerie d’Aïn Diab, à Casablanca. Sa veste et son pantalon étaient déchirés, maculés de sang et son visage et ses mains pleins d’égratignures et de blessures. Il pleurait à chaudes larmes. Ne croyant pas encore ce qui lui était arrivé, il s’exprimait difficilement au point qu’un gendarme lui a demandé de se calmer au moins pour quelques secondes. Parce qu’ils n’arrivaient pas à le comprendre. Quelques instants plus tard, il a commencé à narrer sa mésaventure.
« Je rentrais seul chez moi, sur la Route d’Azemmour, quand je me suis aperçu qu’une Mercedes 190 me suivait», raconte-t-il. Tête baissée, mains dans les poches, il pressait le pas à destination de chez lui. Il était tard et le chemin presque désert.
Au fil des minutes, la Mercedes 190 continuait de rouler lentement derrière lui. Il ne lui a pas prêté attention au départ. Il a continué son chemin sans s’intéresser ni à la voiture ni à celui ou ceux qui se trouvaient à bord. Ce qui lui importait, c’était d’arriver le plus tôt possible chez lui. Seulement, le chauffeur de la voiture a commencé à klaxonner, alors que personne ne se trouvait devant son véhicule. Lui, qui marchait devant, est monté sur le trottoir pour éviter que le chauffeur continue de klaxonner. Mais en vain. Le klaxon a continué de retentir sans cesse. Il a lancé un regard à la direction du véhicule, il a remarqué des hommes et des femmes qui plaisantaient et riaient. Il n’a pas pu distinguer ni leur nombre, ni leurs traits. Il a très vite détourné son regard de peur qu’ils croient à une provocation de sa part. Chemin faisant, le ton des klaxons commençait à le gêner. Mais, il ne pouvait rien dire. Il a continué à marcher tout en s’abstenant de leur adresser la parole. Soudain, la voiture s’est arrêtée, deux jeunes hommes en descendirent pour s’avancer vers lui. Sans lui adresser la parole, l’un d’eux lui a asséné deux coups de poing. Aussitôt, il a perdu son équilibre et est tombé par terre. L’autre a brandi un couteau et le lui a mis entre les yeux le menaçant de le liquider s’il criait ou demandait du secours. Effrayé, il n’a pas opposé la moindre résistance. L’un des deux lascars lui a fouillé les poches, a mis la main sur une somme de cinq cents dirhams et un téléphone portable. Il les a suppliés de le relâcher. Mais en vain. L’un d’eux l’a conduit de force vers la voiture et l’autre a ouvert le coffre. Le martelant de coups de poing et de pieds, ils sont arrivés à le mettre dedans et à l’y enfermer sans attirer l’attention de quiconque. Et ils remontèrent dans la voiture pour démarrer. D’un boulevard à une ruelle, ils se sont arrêtés dans une ruelle de Hay Hassani. L’un des deux hommes a ouvert le coffre pour le relâcher. En descendant, son premier réflexe a été de mémoriser le numéro d’immatriculation de la voiture avant de demander à un passant un stylo et du papier pour le noter et se rendre au poste de la gendarmerie d’Aïn Diab. Tous les centres du commandement régional de la gendarmerie à Casablanca ont été aussitôt alertés pour chercher la voiture en question. Moins de deux heures plus tard, le véhicule a été repéré. À son bord, il n’y avait que deux femmes, dans un état d’ébriété avancé. Elles ont été arrêtées et conduites au poste. Il s’agit de la propriétaire de la voiture et de son amie.
Les deux femmes ont déclaré qu’elles étaient en compagnie de M.S, trafiquant de drogue notoire et d’un employé de l’Office national des aéroports. Ce sont eux qui ont kidnappé le passant, l’ont délesté de son argent et de son téléphone portable, l’ont séquestré dans le coffre de la voiture pour le jeter ensuite dans la rue. Le lendemain, les gendarmes du poste Lamkanssa, à Bouskoura ont téléphoné à leurs collègues d’Aïn Diab. Ils leur ont appris qu’ils gardaient chez eux l’un des ravisseurs qui étaient à bord de la Mercedes 190. Il s’agit de M.S, repris de justice pour trafic de drogue qui avait déjà purgé une peine d’emprisonnement de deux ans ferme. Comment a-t-il été arrêté? Lorsqu’il s’est réveillé le lendemain du forfait, il a raconté l’histoire à sa femme.
Cette dernière lui a conseillé de se rendre au poste de la gendarmerie à Lamkanssa, il demeure au douar Lamzabiyine Ouled Moussa, pour faire la connaissance du commandant d’une part et d’autre part pour qu’il intervienne en sa faveur afin qu’il soit écarté de cette affaire de kidnapping. Pour cela, M.S a cru bon d’essayer de glisser quelques billets de banque dans la main de l’élément de la gendarmerie. Ce dernier l’a arrêté sur le champ et lui a dressé un PV pour tentative de corruption. Alertant les éléments de la gendarmerie d’Aïn Diab, ces derniers se sont déplacés à Lamkansa pour le conduire vers leurs locaux.
Il a avoué avoir été dans un état d’ivresse avancé en compagnie de son ami et de leurs deux copines à bord de la Mercedes appartenant à l’une d’elles. En remarquant l’homme qui passait sur la Route d’Azemmour, ils voulaient s’amuser et ont décidé d’agir comme une bande de gangsters en l’enlevant, le coffrant dans la voiture pour l’agresser. En se rendant vers la maison de son complice, les enquêteurs ne l’ont pas trouvé, mais ils ont mis la main sur douze kilos de haschich et un grand sachet rempli de kif en tiges. M.S a avoué que la marchandise lui appartenait et qu’il l’achetait chez un fournisseur installé au nord du Maroc. A la fin de l’interrogatoire, M.S et les deux femmes ont été traduits devant la justice. Seul l’employé reste en état de fuite. Les enquêteurs le recherchent activement.

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