Des gens qui fument contre leur gré

Des gens qui fument contre leur gré

"J’ai décidé de vendre ma maison et de m’installer ailleurs parce que l’air est on ne peut plus pollué", confie Nadia El Bassir. Cette jeune prothésiste dentaire réside, avec sa famille, depuis 16 ans, dans la commune de Aïn Harouda, située au kilomètre 17 entre Mohammédia et Casablanca. Mme El Bassir habite près de l’usine de la Régie des Tabacs. Comme elle, de nombreuses familles avaient choisi de vivre dans cette région, à cause de son cadre de vie sain. Mais dès que la Régie des Tabacs y a installé sa nouvelle usine en 1994, des problèmes de santé ont commencé à surgir. Pour les riverains, «ces problèmes sont liés à l’odeur forte dégagée par l’usine de la Régie des tabacs».
«Depuis que cette usine a été installée ici, nos enfants souffrent de pathologies respiratoires. J’ai deux enfants qui sont atteints d’asthme. Ils sont souvent sujet à des crises. L’odeur de la fumée qui se dégage est insupportable surtout le matin», raconte une mère de famille, qui dit être contrainte à quitter cette région, où elle a passé tout un pan de sa vie. «Le traitement des maladies contractées est très coûteux. A ce jour, les frais des médicaments avoisinent les 50.000 DH», enchaîne une autre maman dont le fils est asthmatique. Les habitants se plaignent également des poussières "âcres et irritantes" du tabac.
La situation est qualifiée de "catastrophique" par un enseignant de la langue française d’un groupe scolaire privé de la région. «Bien que je sois fumeur, je ne supporte pas pareille odeur. C’est un véritable calvaire. Ceux qui habitent près de l’usine le vivent au quotidien. Eux qui inhalent de jour comme de nuit ces effluves toxiques», s’indigne-t-il. De nombreux témoignages de la population confirment ce constat. Les populations rencontrées expriment leur mal être et déplorent les contraintes que cette situation leur impose. «L’absence d’espaces verts se répercute négativement sur l’environnement de la commune où sont concentrées plusieurs unités industrielles. Nous avons déjà contacté les responsables de l’usine pour la plantation d’arbres qui permettraient la dépollution de l’air. Notre demande est restée sans réponse jusqu’à ce jour», déclare Yazid Aboussaboune, président de l’association "Chabab Nahda" de Zenata, qui s’intéresse aux questions environnementales dans la région. Sise en plein cœur de l’agglomération urbaine, cette usine de fabrication de cigarettes est, par ses installations, l’une des plus imposantes de la place. Ici, à longueur de journée, des centaines d’employés font tourner les machines. Contactés par ALM, les dirigeants de l’usine de Aïn Harouda affirment que «le lien de causalité entre les maladies respiratoires dont souffrent les riverains et les rejets n’est pas établi».
Mais de quoi les émissions mises à l’index par les riverains sont-elles  composées ? A cette question, le directeur technique et de production, Abdellatif Souhail, répond que ces rejets sont de deux types, à savoir les rejets des chaudières pour la production de la vapeur (dioxyde de soufre) et ceux générés par les procédés de traitement du tabac (poussière, odeur).
Le dioxyde de soufre (SO2) provient de la combustion du soufre contenu dans les combustibles fossiles comme le fioul. Il s’est avéré, de même, que ce gaz est un polluant toxique. «Il est vrai que ce gaz est nocif. C’est la raison pour laquelle nous avons opté pour le fioul 7 à faible teneur en soufre plutôt que pour le fioul 2», affirme M. Souhail. Toutefois, malgré l’utilisation de ce combustible, la quantité du SO2 libérée dans l’atmosphère dépasse largement les normes européennes. Les valeurs limites des rejets de dioxyde de soufre sont 500 mg/nm3. Alors que la teneur des fumées en SO2 dégagées par les chaudières atteint en moyenne 3000 mg/nm3. Le risque existe bel et bien. Pour M. Souhail, la non-existence au Maroc d’un fioul de qualité supérieure en est la cause. «Le fioul 7 est le meilleur qui se trouve sur le marché marocain. Nous ne pouvons pas importer le fioul de qualité supérieure puisque c’est la SAMIR qui couvre la demande nationale», explique M. Souhail qui a tenu à souligner que sa direction investira 1 millions d’euros en 2007 pour la mise en place d’une installation d’élimination des odeurs.

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