Des Marocains torturés en Libye

Des Marocains torturés en Libye

A peine a-t-il pris la parole, Mehdi Rajaâ Allah pousse un profond soupir. Le jeune homme âgé de 31 ans, qui s’exprimait lors d’une rencontre organisée mercredi 22 novembre à Casablanca par l’Association marocaine des amis et familles des victimes de l’immigration clandestine (AFVIC), a du mal à trouver les mots pour décrire l’horreur vécue durant son séjour dans la prison El Fellah à Tripoli, la capitale libyenne. «Ce sont mes amis de quartier qui m’ont encouragé à contacter un passeur en Libye, censé organiser la traversée vers l’île italienne de Lampedusa. Nous avons convenu de nous  rencontrer à Tripoli», raconte-t-il d’emblée. Toutefois, ce jeune natif de Khouribga a vu son voyage prendre fin à l’aéroport de la ville. «Je suis parti en mars 2005. A l’aéroport, les agents d’autorité m’ont arrêté injustement alors que j’avais mon passeport et mes papiers en règle. Ils m’ont tout confisqué», poursuit Mehdi avec tristesse. Accusé de vouloir émigrer clandestinement vers l’autre rive de la Méditerranée, il a été transféré vers la prison El Fellah, où seraient détenus des centaines de Marocains. Le jeune khouribgi a y vécu deux mois et demi de calvaire. «C’était l’enfer. Nous étions torturés physiquement et mentalement en même temps. Les conditions de vie sont inhumaines. On inflige des tortures féroces aussi bien aux hommes qu’aux femmes. Nous étions des centaines de personnes de différentes nationalités. Il y avait même des Chinois», se souvient-il avant d’ajouter : «On violait les femmes. On nous tabassait pour un oui ou un non. Le jour où l’un des tortionnaires est de mauvaise humeur, il choisit sa victime au hasard et lui fait passer un mauvais quart d’heure. Les geôliers ont arraché les ongles des pieds à certains. C’était horrible». Selon Mehdi, la situation des droits de l’Homme dans les autres prisons libyennes (Mesrata et Benghazi) serait plus dramatique.
Autre témoignage poignant, celui de Kamal Ghafi qui a également voulu tenter sa chance ailleurs. «J’ai rencontré une femme, Zahra, à Derb Soltane. Elle m’a dit que son mari peut m’assurer la traversée vers l’Italie à partir de la Libye. Je lui ai versé 2000 euros», se souvient le jeune Casablancais qui s’est ainsi engagé dans une aventure périlleuse, voire dramatique.
Après plusieurs jours passés dans une villa appartenant au couple, il a été transféré vers un autre endroit où sont entassés plusieurs centaines de candidats à l’immigration. «Il y avait des hommes et des femmes de toutes les couleurs et de toutes les nationalités. Tunisiens, Egyptiens, Maliens et autres. C’était dramatique. C’est indiscriptible», précise-t-il. Son aventure se termine à la prison d’El Fellah, où il a passé un épouvantable séjour de 21 jours. «Après un maigre petit-déjeuner, nous étions forcés d’effectuer de durs travaux. Si par malheur quelqu’un protestait, on le tabassait jusqu’à l’évanouissement. Parfois, on nous affligeait d’autres tortures. Ils nous obligeaient à nous tenir debout pendant de longues heures sous un soleil de plomb», conclut-il. Ces cas ne sont pas isolés. Selon le président de l’AFVIC, Khalil Jemmah, «près de 1500 Marocains sont maintenus en détention dans des conditions inhumaines en Lybye».
Si 700 personnes ont été libérées récemment, d’autres continuent à souffrir le martyre.
Des familles dont leurs enfants sont portés disparus, sont venus, mercredi dernier, témoigner de leur souffrance. Ils sont depuis plusieurs mois, voire des années en attente des nouvelles de leurs proches.
Les larmes aux yeux, Saâdi Fatéma n’a plus de nouvelles de son frère Mohamed depuis le mois d’août dernier. «Mon frère a quitté le territoire marocain le 24 juillet 2006. De temps en temps, il nous contactait de Libye. Son dernier appel date du 12 août dernier. Ce jour-là, il nous a dit qu’il allait franchir les frontières. Depuis, plus de nouvelles», raconte la jeune femme la gorge nouée d’angoisse. «Certains nous disent qu’il est mort, d’autres affirment qu’il est en détention dans une prison libyenne. Je veux juste savoir la vérité», poursuit-elle .
Autre marocain porté disparu, Abderrahim Khettab de Settat. Parti le 17 août dernier, ce jeune homme de 27 ans n’a pas donné signe de vie. Face à cette situation tragique, l’Association marocaine des amis et familles des victimes de l’immigration clandestine appelle les autorités marocaines à assumer leur responsabilité pour "préserver la dignité de ces victimes".

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