Des mères sans coeur

Personne n’est au courant des raisons objectives pour lesquelles les parents d’Ahmed ont divorcé. Les uns disent que la relation entre eux était devenue insupportable et les autres invoquent le destin pour justifier cette rupture. Ahmed qui avait encore que cinq ans n’a rien saisi de ce monde des grands. Sa seule lumière est son innocence, son bon coeur et ses sentiments d’enfant. Malheureusement cette lumière s’éteindra avec le fil du temps. Chacun de ses parents a fait de son mieux pour réparer sa vie… A sa manière. C’est leur droit, sans doute.
La mère est partie vers Souk Sebt, pas loin de Beni Mellal, pour se remarier. Tandis que le père, il est resté à Kelaât Sraghna. Lui aussi s’est remarié. Et Ahmed ? Bien que la loi accorde à sa mère la garde, elle l’a abandonné à son père et à sa belle-mère. Certes, au départ la belle-mère était très sympathique, attentionnée et aimable. Elle le consolait, l’égayait, le réconfortait, elle le considérait comme son propre enfant.
Mais voilà que la belle-mère tombe enceinte et accouche d’une petite fille. Les choses commencent à basculer. La belle-mère n’est plus ce qu’elle était auparavant. Elle s’est métamorphosée. Son père est souvent absent de la maison. La belle-mère est la seule patronne de la maison. Ahmed n’a personne à qui se plaindre. Sa vie auprès d’elle devient un enfer. Elle l’oblige à faire la vaisselle, à laver le linge, à porter sa demi-soeur sur son dos. Ahmed exécute tous les ordres de la belle-mère, sans exception. Lorsqu’il se révolte et refuse l’exécution, c’est un jour infernal pour lui ; sa belle-mère le gifle, lui ligote les mains et les pieds, le fouette violemment avec un tuyau en plastique ou un bâton, allume la bonbonne de gaz, prend une cuillère d’aluminium, la réchauffe et l’applique sur ses fesses, ses mains et ses pieds. Presque sur tout son petit corps. Ahmed est martyrisé. Il commence à faire d’affreux cauchemars, à pisser dans son lit. Lorsqu’il se plaint à son père, il ne trouve aucun réconfort. Ahmed maigrit et sa santé se dégrade. Il a échoué en première et en deuxième années d’enseignement fondamentale.
Les voisins du quartier se sont rendus compte du calvaire qu’il vit, mais personne n’a osé aviser la police ou au moins une ONG de la société civile. Jeudi 27 septembre 2001. l’enseignante d’Ahmed, à l’école Oumlil, s’est rendue compte qu’il arrivait à peine à mettre les pieds sur terre, qu’il titube comme un soûlard lorsqu’il marche, qu’il ne peut plus s’asseoir sur le siège. Elle l’interroge. Ahmed lui relate sa souffrance avec sa belle-mère. L’enseignante avise le directeur de l’école, qui a informé à son tour l’association des parents d’élèves. Ahmed a été mis entre les mains du médecin du centre de la santé El Qods, à kelaât Sraghna.
Il atteste que la situation de l’élève est grave. La police a été alertée et la belle-mère a été interpellée.

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