Des syndicats pris en otages

La classe ouvrière est-elle une locomotive du changement ? L’a-t-elle été vraiment dans le passé ? Dans la littérature classique de la gauche politique, aucun changement ne pourrait s’opérer, notamment au niveau des rapports entre l’Etat et la société, sans le recours à cette catégorie sociale, qualifiée d’avant-gardiste.
Dans le cas du Maroc, le mimétisme théorique est de taille. Mais, toujours est-il que les passerelles entre le syndical et le politique ont été constamment ouvertes l’une menant à l’autre et vice-versa. Contrairement aux circonstances ayant entouré la genèse du Mouvement syndical dans son pays d’origine, en l’occurrence la France pour le cas du Maroc, le syndicalisme marocain n’a jamais été interdit ou visé en tant que tel. C’est plutôt sa connotation et ses démarches qui furent remises en cause dans certaines circonstances. De manière globale et schématique, l’on peut dire qu’à l’époque du Protectorat, on reprochait aux syndicalistes leur penchant nationaliste et patriotique. Dans les premières années de l’indépendance, certaines sphères de l’Etat appréhendaient mal leur politisation à outrance, alors qu’à partir du début des années soixante, les itinéraires des uns se sont démarqués de ceux des autres.
La scission au sein de l’Istiqlal, en 1959, va inciter la direction de ce parti, en 1960, à quelques semaines de la destitution du gouvernement de Abdellah Ibrahim, à constituer son propre syndicat, l’Union générale des travailleurs du Maroc ( UGTM), une véritable courroie de transmission du parti vers les masses laborieuses.
D’un autre côté, à partir de juin 1961, l’Union marocaine du travail(UMT) va opter pour un syndicalisme autonome vis-à-vis du politique, particulièrement à l’égard de l’Union nationale des forces populaires, dont l’aile dominante allait créer, officiellement en janvier 1975, l’Union socialiste des forces populaires( USFP). Un parti qui va être, à son tour, à l’origine de la création de la Confédération démocratique du travail (CDT). De nos jours, ils sont plus de vingt syndicats à convoiter la «masse des salariés». L’UMT avec ses bases et ses cadres à sensibilités multi -politiques, allant des courants de la gauche radicale aux islamistes et des SAP ( sans appartenances politiques) aux cadres de partis libéraux, comme l’Union Constitutionnelle, dont la direction tient constamment à marquer sa présence dans les manifestations de la centrale de Mahjoub Benseddik. L’UGTM, continue toujours, à être une organisation de salariés au service du Parti de l’Istiqlal et la CDT, une centrale, qui regroupe une grande partie de la mouvance de gauche. Mais, sa direction a jugé nécessaire, en mars dernier, de créer son propre parti, le Congrès national ittihadi, sorti des tripes de l’USFP.
A ces trois centrales s’ajoutent, au moins dix-huit autres syndicats dont la plupart constituent de simples ponts de liaison entre les salariés, toutes catégories confondues, et les organisations partisanes. En revanche, du côté du patronat, la segmentation n’a, généralement, aucune chance de survivre. La CGEM est désormais le porte-parole des employeurs face au gouvernement et à l’ensemble des employés. Mais, assurément, le Premier mai n’est pas leur journée de fête.

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