Des vacances pour les enfants du 20 juin

Des vacances pour les enfants du 20 juin

Sur le téléphone de Saïd Masrour, président de l’Association « 20 Juin » des victimes et familles de victimes des événements du 20 juin 1981, les enfants ne cessent d’appeler. Ils sont nombreux en effet à rêver d’un départ en colonies de vacances dans le cadre de l’action d’intégration sociale des familles en question, entreprise par l’association depuis sa création.
Grâce au soutien du Conseil consultatif des droits de l’Homme (CCDH), ils seront finalement 26 à se rendre à Mehdia, du 18 juillet au 31 août prochain, dans un centre mis à leur disposition par le secrétariat d’Etat à la Jeunesse. Une seconde session, qui aura lieu du 1er au 15 août, permettra à 26 autres protégés de l’Association de briser la fatalité des vacances confinées dans les ruelles de leurs quartiers…
Déjà, une cinquantaine de moniteurs sélectionnés par le CCDH font l’objet d’une formation de deux jours destinée à les préparer à la spécificité de ces enfants pas tout à fait comme les autres.
Les enfants de l’Association 20 Juin ne seront pas les seuls à bénéficier de cette action, dont les prémisses remontent en fait à avril 2006 : à Tazmamart, une association de développement régional organisait alors, pour la première fois dans l’histoire de cette région, une matinée enfantine ; ce qui avait permis au CCDH de prendre la mesure des attentes spécifiques de cette population.
Car les enfants des régions de Tazmamart et d’Agdz, tristement célèbres pour leurs bagnes secrets du temps des années de plomb, ont été, explique M. Moussadaq au nom du CCDH « les victimes indirectes de la répression ». Il était donc temps, dans le cadre d’une expérience pilote, de les faire bénéficier de toutes les attentions de cette instance vouée à concrétiser les engagements d’indemnisation et d’intégration sociale pris en faveur de cette catégorie-là de citoyens marocains.
Les enfants des familles de victimes des événements du 20 Juin ne sont pas les seuls à se réjouir de cette perspective d’un exceptionnel départ en vacances. Au nom du bureau exécutif de l’association, Saïd Masrour ne cache pas sa satisfaction. Cette opération constitue une réalisation non négligeable dans le parcours du combattant qu’il mène en faveur des victimes du 20 Juin 1981.
Arrêté et condamné à 20 ans de détention suite aux événements tragiques de Casablanca, Saïd Masrour, gracié en 1994, n’a eu de cesse, dès les premières années de son emprisonnement, de faire valoir la spécificité de son statut : « Les peines d’emprisonnement dont nous avons été frappés, avaient fait de nous des prisonniers politiques alors que nous n’avions, pour la plupart d’entre nous, aucune conscience de la dimension particulièrement politique du déclenchement de ces événements… » Loin de tout esprit de surenchère politicienne, il se borne pourtant aujourd’hui à revendiquer la stricte application des conclusions du rapport final de l’Instance Equité et Réconciliation en matière de dédommagement moral, de réparation matérielle et d’intégration sociale des victimes des événéments du 20 Juin 1981.
Règlement des problèmes d’état-civil par l’identification des victimes et la remise de certificats de décès aux familles concernées, soins médicaux pour les blessés et les personnes emprisonnées, indemnisation équitable des familles : l’Association 20 Juin a bien du pain sur la planche sachant qu’il est plus que temps, souligne Saïd Masrour, « de faire renaître l’espoir dans les cœurs ! »
Une tâche d’autant plus ardue qu’elle doit se contenter de moyens matériels très limités, et que cette situation de quasi-précarité est rendue encore plus difficile par le fait qu’elle ne dispose toujours pas du récépissé administratif qui lui permettrait d’ouvrir un compte en banque et de procéder à la collecte de fonds.

 Les objectifs de l’Association


Constituée le 4 mars 2006, l’Association 20 Juin a pour buts de :
– Recenser, rassembler et encadrer les victimes et familles de victimes du 20 juin 1981
– Défendre les droits des personnes concernées en matière de santé, de logement et les assister dans leurs démarches juridiques,
– Organiser et participer à des conférences organisées à ce sujet et Concevoir des programmes de sensibilisation aux enjeux de l’intégration citoyenne, de la protection de l’environnement, animer des activités culturelles et sportives, organiser des colonies de vacances.

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