Dix-huit mois pour escroquerie

Siège du tribunal de première instance de Safi. Une femme, la quarantaine, élégante, bien habillée et bien maquillée, entre en lançant à gauche et à droite des regards hautains. Après deux pas, elle s’est arrêtée devant un policier qui veillait sur l’ordre à l’intérieur du tribunal. Elle s’est adressée à lui pour lui demander où se situait le bureau du président du tribunal.
«Qui êtes-vous Madame et que lui voulez-vous? », lui a demandé poliment le policier qui semblait prendre ses précautions pour ne pas la traiter comme les autres justiciables fréquentant le tribunal en ce matin du mois d’avril.
La femme l’a toisé de haut en lui réitérant qu’elle voulait voir le président du tribunal. Se sentant méprisé par son regard, le policier a, semble-t-il, voulu éviter un accrochage avec elle. Elle lui a dit qu’elle voulait s’adresser à un autre policier. Il lui en a indiqué un. Lentement, elle s’est avancée vers l’autre policier qui n’a pas perdu beaucoup de temps avec elle pour lui indiquer le bureau du président du tribunal de première instance.
Dans la salle d’attente, elle a attendu à peine quelques minutes avant d’être reçue par le président. Ce dernier l’a invitée à s’asseoir. Quelques secondes de silence ont régné avant qu’il ne lui demande d’exposer l’objet de sa visite, tout en lui demandant si elle avait déjà contacté les fonctionnaires qui devaient se charger de son dossier.
«Il ne s’agit pas de mon dossier, M. le président…mais de celui de ma nièce », lui a-t-elle dit sans se présenter à lui.
Le président du tribunal, qui commençait à se méfier d’elle, lui a demandé : «Etes-vous fonctionnaire ? »
La réponse l’a surpris : «Je travaille au Palais Royal». Et elle lui a tendu une carte blanche, portant sa photo d’identité, ses nom et prénom et barrée de deux lignes en diagonale, l’une rouge et l’autre verte. Dans l’en-tête, on pouvait lire :  «Palais royal. Direction des documents royaux. Rabat.» Le président a examiné attentivement la carte et a demandé à la femme, Fatima, c’est son prénom, ce qu’elle voulait. Se comportant comme une femme de grande famille, elle lui a expliqué que la procédure du versement de la pension alimentaire, de l’ordre de 16.000 dirhams, à sa nièce était au point mort et lui a demandé d’intervenir pour qu’il l’active et permettre à sa nièce de les empocher le plus tôt possible. Elle lui a expliqué qu’elle n’a pas voulu s’adresser au ministre de la Justice et elle a préféré le rencontrer lui-même sans faire trop de bruit. Méfiant, le président du tribunal lui a demandé de revenir quelques jours plus tard. Seulement, elle est revenue le lendemain pour s’adresser à lui plus sévèrement qu’auparavant, comme si elle lui donnait des instructions qu’il devait exécuter les yeux fermés. Ses allées et venues sans rendez-vous au bureau du président du tribunal se sont poursuivies.
Et le magistrat a fini par lui demander de se rendre chez le procureur du Roi près le même tribunal et lui a affirmé lui avoir donné ses instructions. Seulement, elle ne savait pas que ces instructions portaient sur le fait de la piéger pour en savoir plus sur elle. D’une question à l’autre, le procureur du Roi a fini par être convaincu qu’il s’agissait bel et bien d’une escroc notoire, qui ne craint rien et qui peut aller jusqu’au bout pour arriver à avoir de l’argent. Aussitôt, il a téléphoné aux éléments de la police judiciaire qui se sont dépêchés sur les lieux et l’ont conduite au commissariat pour la soumettre à un interrogatoire serré. Et elle a fini par cracher le morceau. Elle a avoué avoir déjà purgé, en 2002, une première peine d’emprisonnement d’un an ferme pour escroquerie.
Née et demeurant à Casablanca, Fatima, âgée de 49 ans, a expliqué aux enquêteurs qu’elle ne pouvait gagner sa vie. Elle a reconnu avoir floué plusieurs victimes devant lesquelles elle se faisant passer pour une fonctionnaire et proche du Palais royal et leur promettait d’intervenir pour leur faciliter l’obtention d’un visa pour l’Europe, un permis de confiance ou un agrément de grand ou de petit taxi, et ce contre des sommes d’argent. À propos de la pension alimentaire, objet de son intervention auprès du président du tribunal de Safi, elle a affirmé aux enquêteurs avoir été contactée par une certaine Hayat qui avait été répudiée et le tribunal lui a accordé une pension alimentaire de 16 mille dirhams pour lui faciliter la procédure. Et ce, contre une somme de 3.500 dirhams. Seulement, elle a été démasquée et traduite devant la justice qui l’a condamnée, dernièrement, à un an et demi de prison ferme.

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