Dominique Jordan : «L’accessibilité aux médicaments est une problématique mondiale»

Dominique Jordan  : «L’accessibilité aux médicaments est une problématique mondiale»

Entretien avec Dominique Jordan Président de la Fédération internationale pharmaceutique (FIP)

Représentant 4 millions de pharmaciens à travers le monde et constituée de près de 144 organisations membres, la Fédération internationale pharmaceutique (FIP) est l’un des réseaux les plus étendus du secteur pharmaceutique. Fondée en 1912, cette organisation non gouvernementale réunit les associations nationales de pharmaciens et scientifiques du médicament et a des relations officielles avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La FIP se dit avoir pour mission d’améliorer la santé mondiale en stimulant les sciences et la pratique pharmaceutiques afin de favoriser le développement, l’accessibilité et l’usage rationnel de médicaments sûrs, de qualité et présentant un rapport coût-efficacité favorable. Pour en savoir plus, nous sommes allés à la rencontre de Dominique Jordan, président de la FIP, qui était présent à Marrakech lors de l’Officine Expo 2019. Dominique Jordan est également le représentant national de «pharmaSuisse» et a été élu à la tête de la FIP à l’occasion de son 78ème congrès qui s’est déroulé à Glasgow du 2 au 6 septembre 2018.

ALM : Dans beaucoup de pays d’Afrique, les médicaments continuent d’être chers. Que faites-vous en tant que fédération pour que les médicaments puissent être accessibles aux populations de ces pays ?

Dominique Jordan : L’accessibilité aux médicaments est un point très important et sur lequel on est en train de discuter avec l’OMS. Justement je me rendrai en Afrique du Sud pour un Forum qui va se dérouler dans quelques mois où on va aborder la question du prix du médicament et son accessibilité pour les pays avec des moyens économiques bas, voire moyens. Néanmoins, cette problématique est mondiale puisque, aujourd’hui, même les pays riches ont des problèmes avec leurs assurances sociales à assumer les coûts de santé et également les prix des médicaments surtout pour les nouvelles thérapies pour soigner l’hépatite, l’oncologie… qui ont des prix assez élevés.

Quelles seront vos propositions pour la baisse des prix des médicaments lors du Forum qui se tiendra en Afrique du Sud ?

On va d’abord discuter avec l’OMS pour trouver ensemble des solutions au niveau de l’industrie. Il y a plusieurs solutions que nous souhaitons mettre en avant comme les prix différenciés, ou encore des solutions où on peut avoir des prix subventionnés. Il est également important pour nous de lutter contre la falsification des médicaments et d’avoir des marchés régulés qui permettent à tous ces pays de pouvoir accéder aux médicaments à des prix raisonnables correspondant au pouvoir d’achat des médicaments chers.

Quelles sont les mesures que vous préconisez concernant la falsification des médicaments laquelle est facilitée par la vente des médicaments sur Internet ?

Nous avons très peu de possibilités au niveau international puisque chaque pays a des systèmes de contrôle et des régulations qui lui sont propres. Mais de notre part on encourage chaque pays à mettre des mesures pour lutter contre cette pratique. La falsification des médicaments permet de mettre sur le marché des médicaments qui potentiellement peuvent être dangereux pour les patients. Et dans le même sens, il faut punir ces actes criminels.

Pour vous quels sont les défis qui attendent les pharmaciens dans l’avenir ?

Cela dépend dans quel domaine le pharmacien évolue, si on prend le pharmacien hospitalier ou le pharmacien d’officine les défis sont différents. Dans ce métier, il est important de travailler ensemble pour mettre le patient au centre des préoccupations. Il est aussi essentiel de privilégier le travail en commun plutôt que la compétition, la défense de privilèges ou des pouvoirs. Pour le pharmacien, le plus grand défi sera aussi de trouver sa place dans le système de santé et d’être rémunéré convenablement sur le travail quotidien qu’il accomplit.

Quel type de partenariat avez-vous avec le Maroc ?

Au niveau international, aujourd’hui nous sommes en train de moderniser la Fédération internationale pharmaceutique afin d’avoir une présence un peu plus importante au niveau de chaque pays. En collaboration avec ces derniers et de par la situation privilégiée de la FIP auprès de l’Organisation mondiale de la santé, nous souhaitons implémenter de nouvelles prestations et aider des pays comme le Maroc à trouver des solutions par rapport aux problèmes rencontrés dans le secteur.

Concrètement, quels types de prestations pourriez-vous fournir à un pays comme le Maroc par exemple?

Il s’agit de la régulation ou de la législation par exemple. Si on se réfère au débat sur le diabète tenu lors de la conférence qui s’est déroulée le 1er mars 2019 dans le cadre d’Officine Expo 2019, il en ressort qu’il reste beaucoup à faire. On pourra dans ce cadre mener des projets pilotes avec l’OMS, les sociétés nationales, les pharmaciens, les médecins et les infirmiers qui sont actifs dans ce domaine afin de déterminer le rôle de tout un chacun.

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