Dossier : Alami : Je ne vois pas de tourisme sexuel au Maroc

Dossier : Alami : Je ne vois pas de tourisme sexuel au Maroc

ALM : Un rapport d’une ONG française pointe le Maroc du doigt en ce qui concerne le tourisme sexuel?
Othman Chérif Alami : Sur le terrain, les guides et les prestataires dans le secteur touristique ne signalent rien d’anormal. Ceci dit, il ne faut pas se voiler la face. Il y a une certaine prostitution localisée, souvent discrète. La prostitution n’est pas liée directement au tourisme, mais surtout à la pauvreté. Il y a peut-être des hôtels (surtout des hôtels d’affaires), et des boîtes de nuit plus ou moins suspects dans telle ou telle ville, mais ça s’arrête-là. Il n’y a pas de tourisme sexuel comme organisation. D’ailleurs, j’ai eu à recueillir récemment les témoignages de certains étrangers, des professionnels de tourisme de passage au Maroc et qui ont vu tous les efforts faits dans le cadre des actions de la Princesse Lalla Meryem et de l’Association marocaine de lutte contre le Sida (ALCS), avec les banderoles, les spots télés. Ces professionnels étaient étonnés par tous ces efforts et ont déclaré que le Maroc était, en la matière, au niveau de beaucoup de pays européens. Pour le moment, l’on peut dire que ce qu’on observe maintenant, c’est de la prostitution et non forcément du tourisme sexuel.
Y a-t-il des actions, des études engagées au Maroc pour prévenir ce fléau ?
En tant qu’opérateur, j’avais assisté à un séminaire sur la question, il y a cinq an environ. A l’époque, une enquête et une évaluation avaient été faite entre différents organes. Les conclusions disaient que le phénomène de tourisme sexuel est limité. Peut-être il y a eu augmentation ces cinq dernières années. En tout cas, je ne le vois pas. Le rapport de l’ONG dont vous faites allusion parle surtout de la pédophilie qui est inacceptable. Je ne connais aucun hôtel et même maison d’hôtes qui accepte un mineur dans son établissement.
Que faut-il, selon vous, faire pour circonscrire le problème ?
L’étude recommande de faire des études, de signer des conventions et de mener des actions. Mais comme je l’ai dit, la prostitution est un problème beaucoup plus lié à la pauvreté qu’au tourisme. Il y a, évidemment, un terrible rapport de force entre le pouvoir d’achat du touriste et la pauvreté de l’enfant livré à la prostitution. La tentation est trop forte. Dans certains pays d’Asie et d’Amérique latine, la précarité ajoutée à une philosophie disons plus libérale, le phénomène est plus grave.
Concernant le Maroc, le sujet est encore délicat. Pédagogiquement, nous n’y sommes pas encore très préparés. Il y a un manque de synergie entre les différents prestataires, les métiers de la nuit, les ministères de l’Intérieur, du Tourisme. On doit aborder le thème sans dénonciation mais avec méthode. Un gros effort est à faire au niveau de la communication, des médias, afin que la bonne information passe.

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