Dossier : Améliorer l’image de l’Islam

Dossier : Améliorer l’image de l’Islam

ALM : Plusieurs indices font état de l’existence d’une vague d’évangélisation, à l’adresse notamment des jeunes, au Maroc. Confirmez-vous cette situation. Et à quoi serait-elle due à votre avis ?
Abdelaziz Rebbah : L’évangélisation au Maroc est un fait, confirmé comme vous dites par plusieurs indices qui prouvent son existence. L’évangélisation est actuellement un phénomène mondial, tentaculaire. Il n’est donc pas exclu qu’il vise également le Maroc. D’autant plus que toutes les conditions sont réunies pour qu’il se propage. A commencer par la pauvreté dans laquelle vit une bonne partie de la société marocaine, doublée de l’attrait que représente l’Occident, avec sa prospérité, son mode de vie, sa culture et donc sa religion, pour un bon nombre de Marocains, essentiellement les jeunes. A cela s’ajoute le manque terrible d’encadrement spirituel et religieux dont souffre cette jeunesse en particulier, et la société en général. L’image de l’Islam, associée au terrorisme est ternie, même dans nos têtes. Les pays musulmans vivent dans leur majorité de multiples crises. En face, on assiste à un éclat de la culture occidentale.
C’est ce qui explique que ce ne sont pas uniquement les pauvres qui sont séduits, mais aussi les classes aisées et cultivées. La multiplicité des facteurs et éléments qui profitent à ce genre d’idée est aussi complexe que nécessitant une réaction globale et réfléchie.
A qui incombe donc la responsabilité de cette situation ? Et qu’en est-il du rôle que doivent jouer des institutions d’Etat comme le ministère de l’Intérieur et celui des Affaires islamiques?
Il y a certes une responsabilité des départements précités, dans la mesure où il n’existe pas d’action officielle pour contrecarrer ce phénomène. Les instances religieuses tardent à se dynamiser. Une action de proximité à même de sensibiliser les jeunes à ce propos n’existe toujours pas. Le discours religieux n’est pas suffisamment moderne pour attirer les jeunes. Et c’est de ce vide-là que profitent les évangélistes, qui ne font face à aucune mesure à même de bloquer leur action. Mais il y a aussi une autre responsabilité, qui n’est autre que celle des partis politiques et de la société civile qui ne semblent pas être au fait de l’ampleur de ce phénomène. Etant tous musulmans, nous sommes tous responsables, et peu importe les tendances et les sensibilités de chacun.
Il faut qu’il y ait une véritable mobilisation, d’abord pour réfléchir et expliquer les véritables enjeux et la nature de ce phénomène. Les mouvements islamiques ont un rôle important à jouer à cet égard, mais aussi les intellectuels de tous bords.
Qu’en est-il de la famille, de l’éducation ?
Il est clair que le problème est lié moins à la situation sociale des adeptes de ce mouvement qu’à leur éducation. L’évangélisation vise aussi bien les riches que les pauvres, les personnes éduquées, dans le sens de l’enseignement, que les analphabètes. Le problème est donc à poser non pas en termes sociaux ou économiques, mais en termes éducatifs. Faire convertir quelqu’un, c’est le convaincre, tout en profitant du manque de bases dont il pourrait souffrir. Et les bases de notre culture arabe et musulmane, c’est en famille, et à l’école, qu’on en reçoit les premiers et plus importants fondements.
Mais, les évangélistes ont bien des arguments à mettre en valeur. Et partant, comment peut-on contrer leurs thèses ?
Brusques, le discours et les méthodes de « recrutement » d’éventuels adeptes n’en sont pas moins attractifs. Leur démarche est moderne, persuasive et s’inscrit dans la durée, étape par étape.
Et je pense qu’en agissant de la même manière, on peut immuniser nos jeunes, et moins jeunes, contre de telles tendances. Je pense aux cercles de discussion, au travail de proximité qui devraient se faire, partout au pays, aux forums de discussion sur Internet, à la nécessaire mobilisation de nos médias pour expliquer et renseigner sur toute la beauté, toute l’universalité et toute la modernité de notre religion. Le combat est aussi celui du développement économique, social comme celui culturel.

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