Dossier : Cadrage : Naufrage sanitaire !

C’est l’horreur sanitaire dont il faut parler désormais au Maroc après l’affaire des rats (de l’hôpital Ibn Al Khatib à Fès) qui ont rongé des bébés. On sait que le secteur de la santé au Maroc souffre d’un déficit énorme aussi bien en moyens humains que financiers, mais des rongeurs qui attaquent des nourrissons, c’est proprement ahurissant. On ne peut pas tomber aussi bas. Rien ne justifie une telle négligence, vraiment rien. Aucune excuse à ce scandale.
Cette affaire, d’une extrême gravité, vient rappeler l’ampleur de la dégradation de l’état des hôpitaux de l’État. Ces derniers, sous les effets conjugués de l’absence des moyens et du désintérêt des pouvoirs publics, ont de moins en moins les caractéristiques de centres de soins où doivent se rendre les patients pour espérer être pris en main de manière propre et professionnelle, alors que la condition de base d’une structure sanitaire, l’hygiène, est absente ?
Plus grave encore, pas de réaction des autorités sanitaires pour s’expliquer sur l’invasion des rats de l’hôpital de Fès. Le ministre de tutelle se trouve depuis quelques jours à Genève où se tient l’assemblée générale de l’OMS.
En fait, la santé n’est pas le problème du seul département en charge du secteur. C’est l’affaire de l’ensemble du gouvernement. Certes, Mohamed Cheikh Biadillah ou un autre ne peut pas régler les multiples problèmes chroniques de la santé au Maroc, accumulés depuis plus de quatre décennies d’incurie et de rapine. Mais il est censé proposer à l’exécutif un programme de réforme du secteur avec les moyens nécessaires et se battre, s’il le faut, pour qu’il soit approuvé. Ce n’est pas le cas.
Tous les ministres qui se sont succédé à la tête de ce ministère pourtant stratégique n’ont fait que glisser dans les pantoufles de leurs prédécesseurs sans jamais, histoire de prendre à témoin la population, faire publiquement une radioscopie implacable de la santé publique ni revendiquer haut et fort une révision à la hausse du budget maigre de la santé pour financer un éventuel plan de réforme. Tout se passe comme si le fait d’accéder aux ors de la ministrabilité était un objectif en soi. Et ceci est valable non seulement pour la santé mais aussi pour la majorité écrasante des départements ministériels. C’est cette mentalité faite de passivité et de désintérêt qui a agi au fil du temps comme un virus minant lentement mais sûrement un corps humain.
La santé publique est dans un état tel qu’elle a besoin d’un électrochoc pour être réanimée. Ce n’est pas en continuant à ignorer les problèmes et les maux qu’ils vont disparaître d’eux-mêmes. L’insouciance finit toujours par surgir sous une forme ou une autre. Et attaquer comme des rats…

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