Dossier : Cadrage : Pragmatisme

Enfin un texte qui réglemente le droit de grève au Maroc. Attendue depuis des lustres, avec une première mouture proposée il y a quelques années et rejetée en bloc tant bien par les syndicats que par le patronat, la loi sur le droit de grève refait parler d’elle. Ceci à travers un projet de loi, élaboré par le département de Mustapha Mansouri, qui vient d’être soumis à l’appréciation des partenaires sociaux. Si certains parlent d’une conséquence et d’un long processus qui a abouti, en avril 2003, du tant espéré dialogue social, d’autres avancent la thèse d’une contre-partie, concédée par les syndicats en échange des acquis arrachés. L’autre thèse est que le texte ait été élaboré suite à des pressions patronales. On l’aura compris, il s’agit d’un jeu de concessions d’ordre politique.
Toujours est-il qu’il s’agit d’une avancée remarquable sur le chemin de l’organisation du travail au Maroc. Une avancée qui intervient d’ailleurs à point nommé, à quelques mois seulement du discours de Sa Majesté Mohammed VI et dans lequel le Souverain avait insisté sur l’urgence de mettre fin à l’anarchie qui règne en matière d’organisation de grève. D’un droit inaliénable de tout ouvrier, la grève s’est en effet transformé en boulet, grevant la machine économique.
Désormais, et par ce texte de projet de loi, les droits de tout un chacun, ouvriers comme patrons, sont précisés et garantis. Exemple en est, d’une partie, l’interdiction formelle par ledit texte de recourir à des remplacements en cas de grève et de l’autre, la liberté que peut prendre l’entreprise dans ce même cas de s’organiser afin de garantir le maintien de son fonctionnement. Une mesure que renfonce une autre, celle du préavis de grève que doivent déposer les grévistes. Approuvé par l’Organisation internationale du Travail (OIT), objet de réserves de la part de la CGEM, le projet semble bloqué, encore une fois, sur des niets purs et simples de la part des syndicats.
Première centrale à réagir, l’UMT a formellement rejeté le nouveau projet. Au risque de passer en priorité des considérations à caractère plus dogmatique que pragmatique.
Le pragmatisme voulant que l’entreprise ne soit pas pénalisée par des grèves somme toute stériles, parfois mêmes instrumentalisées, qui aboutissement souvent à des résultats ravageurs. D’aucuns se rappellent la mésaventure de la défunte General Tire, société de pneumatiques, dont le personnel, cédant aux tentations de l’actionnaire de référence Continental, ont été les malheureux complices du redressement judiciaire dont la société de droit marocain a fait l’objet. A ne pas oublier également, la faillite organisée de l’usine de chaussures Bata à cause d’un mouvement de grève destructeur. Ni l’entreprise, ni le personnel en attente de recouvrer ses droits, depuis des années, n’en seront sortis indemnes.
La grève peut parfois se transformer en guerre où tout le monde est perdant. Une perte doublée d’un affligeant discrédit qui frappe actuellement la notion même de grève. Les menaces de grèves -jamais suivies par ailleurs- proférées actuellement à qui veut l’entendre au sein du secteur de la santé sont à cet égard des plus parlants. C’est dire que pour préserver ce droit, il faudra d’abord l’organiser.

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