Dossier : Cadrage : un nouveau combat

En l’espace de quelques jours, les autorités judiciaires de la ville de Tétouan ont arrêté puis relâché trente-trois hommes et une dizaine de femmes qui s’étaient réunis dans une salle de fête de cette ville. Et les deux décisions – l’arrestation comme l’élargissement – ont fait le tour du monde. Soudain, l’actualité au Maroc s’était réduite à cette information. Aussitôt, les réactions déferlent. Les milieux homosexuels à travers le monde sont scandalisés par l’arrestation et les protestations commencent à se multiplier.
De la côte ouest des Etats-Unis aux mouvements de défense des homosexuels de la Turquie, en passant par les centaines d’associations locales ou nationales des gays européens. Leur exigence principale : la libération immédiate des personnes arrêtées à Tétouan et la légalisation du mouvement « gay Maroc ». Ainsi, le mouvement gay international, connu pour être l’un des mouvements les mieux structurés et les plus solidaires avait enfin réussi à créer ce qui sera désormais considéré comme le front marocain de la grande bataille dans sa lutte contre l’homophobie. Une notion qu’il faut toutefois relativiser au Maroc. Car, ce que l’on ignore certainement dans les milieux gays occidentaux, c’est que l’homosexualité a non seulement toujours existé au Maroc, mais elle a toujours été tolérée par la société marocaine tant qu’elle ne dépassait pas les limites des exigences de la discrétion. Nul n’ignore que l’homosexualité dans les milieux de l’artisanat, par exemple, était, jusqu’à il y quelques décennies, une pratique tolérée. Les grands « mâllam » avaient la tradition d’avoir un apprenti qui jouait aussi le rôle d’amant. Certes, ce n’était jamais un sujet de débat ouvert, mais la littérature traditionnelle, dont les poèmes du Malhoun, atteste de l’existence de la tolérance de l’amour entre des personnes de même sexe. Dans ces poèmes, on remarque d’ailleurs que l’amant est généralement masculin et les descriptions des nuits passées par l’amant aux côtés de son bien-aimé sont très explicites et font preuve d’une audace très poussée par rapport à l’époque où ces chansons étaient écrites. Mais, il faut reconnaître que les descriptions ne dépassaient jamais les règles de la discrétion et se contentaient d’insinuations que seules les personnes ayant une grande sensibilité poétique pouvaient en comprendre le vrai sens.
D’ailleurs, remontant un peu plus loin dans l’Histoire arabe, il suffit de se pencher sur les recueils poétiques d’Abou Nawas pour découvrir les meilleurs récits poétiques homosexuels de la littérature universelle. « Ses accroche-coeurs sur ses tempes se cabrent. Toutes les séductions me guettent dans ses yeux. C’est un Persan chrétien, moulé dans sa tunique, qui laisse à découvert son cou plein de fraîcheur », dit-il dans l’un de ses poèmes.
Ainsi, il est clair que la question de l’homosexualité dans les pays arabes, en général, et au Maroc, en particulier, a toujours été tolérée tant qu’elle ne dépassait pas son aspect poétique et qu’elle demeurait discrète. Rien ne nous oblige donc à rompre cette règle qui a toujours bien fonctionné.

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