Dossier : Cheikh Zayed, Un leader très respecté

Il avait brillamment réussi à se bâtir une réputation d’homme d’Etat modéré et sage dans un environnement régional toujours hostile à cause notamment de l’éternel conflit israélo-arabe et la guerre entre l’Irak et l’Iran, puis la problématique Saddam et Al Qaïda. Cheikh Zayed ben Soltane Al-Nahyane était né «vers 1918», selon des documents officiels, dans l’oasis d’Al-Aïn, dans l’Emirat d’Abou Dhabi. Un homme d’Etat généreux et sage et une réputation qui lui avait permis d’avoir confiance en soi et de dire hautement sa pensée.
Il s’était surtout distingué par son rôle de médiateur, ou plutôt conciliateur entre les différents chefs d’Etat arabes durant les 33 années qu’il a passées en tant que chef historique de la Fédération des Emirats arabes unis (qui regroupe les Emirats d’Abou Dhabi, Dubaï, Charjah, Foujaïrah, Ras Al-Khaïmah, Ajman et Oum Al-Qaiwayn). Diplomate habile, apaisant les contentieux entre les Emirats rivaux, il était réputé pour sa tolérance. C’est certainement pour cette raison qu’il dirigeait la Fédération depuis sa création en 1971 et était le principal artisan de la transformation des Emirats en l’un des pays les plus riches du monde grâce à sa manne pétrolière. Sur ce point, Cheikh Zayed a devancé les autres pays du Golfe, et notamment l’Arabie Saoudite et le Koweït qui étaient pourtant bien partis depuis les années 60. Il s’était également distingué par l’amour sincère que lui vouaient son peuple et les millions d’étrangers qui vivent aux Emirats arabes unis (EAU). La preuve en est l’intense émotion qu’a provoqué la nouvelle de sa mort dans les EAU et la consternation avec laquelle les pays arabes ont accueilli ce décès. Même malade, l’homme était toujours aussi charismatique, aussi respectueux et autant sollicité qu’il l’était depuis longtemps. Le décès de Cheikh Zayed a suscité dans le monde entier des hommages unanimes traduisant le respect qu’inspirait le président émirati. Un décès qui est intervenu au lendemain d’un important remaniement ministériel marqué par la promotion de deux de ses fils. Si les causes de sa mort n’ont pas été rendues publiques, il n’en demeure pas moins que tout le monde savait qu’il avait des problèmes de santé depuis plusieurs années. Le défunt président avait toujours la main tendue et la mine accueillante. Outre les services innombrables qu’il avait rendus à plusieurs pays arabes, Cheikh Zayed parrainait discrètement plusieurs opérations d’ordre purement caritatif, en faveur des pauvres, un peu partout dans le monde arabo-musulman et sans aucune contrepartie.
Dans son pays, il avait utilisé les fabuleux revenus pétroliers pour doter celui-ci d’infrastructures routières, d’écoles, d’hôpitaux, d’espaces verts et de services sociaux gratuits. Ce n’est pas étonnant que des milliers de personnes ont enfoncé la barrière dressée par la police autour de la mosquée Cheikh Zayed Ibn Soltane pour pouvoir pénétrer dans la cour de celle-ci et se joindre aux prières. La police n’a pas tenté de les en empêcher. Ils avaient patiemment attendu d’interminables heures, sous un soleil de plomb, l’arrivée de la dépouille. Même en dehors du monde arabo-musulman, Cheikh Zayed était respecté. Plusieurs églises chrétiennes ont annoncé qu’elles organiseraient des services religieux dans la semaine à Abou Dhabi et à Dubaï pour honorer la mémoire du défunt. Les Américains, Démocrates ou Républicains l’ont toujours qualifié d’ami. Après sa mort, le secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, l’a ainsi décrit comme un dirigeant «sage et plein de bonté» caractérisé par la générosité, la tolérance et une recherche passionnée du développement et de la modernisation. Le président français Jacques Chirac a rendu hommage à un «homme de paix et de vision» dont l’oeuvre est «immense» et qui «n’a cessé de promouvoir les vertus du compromis, de la raison et du dialogue dans une région agitée par les crises et les conflits». Cheikh Zayed, qui, était le père de 19 fils et de plusieurs filles issues de ses quatre épouses successives. Les hommes sont comme les chiffres, qui n’acquièrent de valeur que par leur position. Celle de Cheikh Zayed ben Soltane Al-Nahyane incarnait le summum de l’équilibre et de la neutralité positive. Le monde compte désormais un grand homme de moins.

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