Dossier : Jamal Berraoui : «Où sont nos ONG ?»

Dossier : Jamal Berraoui : «Où sont nos ONG ?»

ALM : A travers votre communiqué, vous avez été l’une des premières associations à réagir contre l’article où «Attajdid» considère que le drame du Tsunami est un châtiment divin. Que vous inspire un tel discours ?
Jamal Berraoui : La publication d’un tel article est dangereuse à un triple niveau. Je considère qu’elle est d’abord une insulte à l’être humain. Le monde entier se mobilise pour limiter les dégâts dévastateurs de l’une des plus dramatiques catastrophes naturelles que le monde ait connues, et qui a entraîné plus 200.000 morts. Mais nos amis d’«Attajdid» n’ont pas trouvé mieux que de dire, en somme, que les centaines de milliers de victimes méritaient leur sort, qu’ils étaient tous des mécréants pédophiles et des prostituées. Je vois en cela une tentative de récupération d’un drame humain pour passer des messages on ne peut plus intégristes.
D’autant, et c’est le deuxième danger, que le message a été véhiculé sous forme d’avertissement aux Marocaine. Dans le fond, c’est comme si la publication jugeait tous les Marocains comme étant des pervers sexuels sans foi ni loi et les prévenait d’un châtiment divin. Plus grave encore, le discours d’«Attajdid» ne s’est pas limité à la simple publication, mais s’est également propagé dans les mosquées à travers des prédications condamnant l’ensemble de la société marocaine, pour ne pas dire l’humanité entière, traitée ni plus ni moins de société impie. Et il y a lieu de s’inquiéter de la reprise de ce discours par certains imams dans leurs prêches.

Qu’en est-il des valeurs de l’islam, dont «Attajdid» se veut le porte-étendard, et qui appellent à la solidarité en de telles circonstances ?
Ce qui me semble d’autant plus grave, c’est qu’on est passé à côté d’un principe aussi fondamental que commun à toutes les grandes religions. Il s’agit de la compassion. Au lieu d’essayer de faire valoir nos valeurs de solidarité, de générosité et d’assistance aux personnes en besoin d’aide, Attajdid a non seulement cédé à la facilité du jugement hâtif, sans considération aucune de la véritable étendue du drame survenu en Asie, mais ce journal n’a pas hésité à mettre l’ignorance au service d’un projet partisan dont personne n’ignore les véritables objectifs. En cela, cet article est à lui seul un scandale.

Ne pensez-vous pas que l’absence des acteurs de la société civile, qui tardent à répondre à cet élan mondial de solidarité vis-à-vis des populations victimes du Tsunami renforce davantage le fatalisme intégriste ?
Malheureusement, c’est cette absence d’acteurs de la société civile, à même de porter une voix autre que celle de la violence et de la haine, qui profite à ceux qui font de ces deux créneaux un fonds de commerce sur lequel ils bâtissent leur idéologie et leur action. Je ne comprends d’ailleurs pas les raisons de l’inertie de nos ONG, de nos laboratoires pharmaceutiques et autres organismes qui n’ont certes pas les mêmes moyens que les organisations internationales, mais qui auraient pu faire quelque chose. Et ce n’aurait été que l’expression de la grande émotion ressentie par le peuple marocain à l’image de tous les autres pays. Des pays où on a assisté à de grandes levées de fonds où ont participé associations, médias et entreprises. Ici, on se contente d’assister avec une consternante passivité à cette catastrophe qui n’en finit toujours pas d’entraîner de nouvelles victimes et à des lectures mafieuses dont nous gratifient ceux qui n’ont finalement rien compris.

Qu’en est-il du rôle de l’Etat ? Ne devait-il pas accorder une aide plus conséquente pour combler le vide laissé par les ONG ?
En matière d’action humanitaire, l’Etat ne peut pas tout faire. Son action est par définition limitée. C’est plutôt aux ONG que combler les failles de l’action étatique. On voit cela même quand il s’agit des grandes puissances européennes ou américaines. L’Etat doit certes agir d’urgence et au mieux, mais ce sont les associations qui doivent transmettre ce sentiment de solidarité. Chose qui tarde toujours à venir. Et il est un peu trop tard.

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