Dossier : Les enfants premières victimes du tourisme sexuel

Chaque année, 600 millions de touristes se rendent à l’étranger. Parmi eux, un nombre difficile à évaluer mais néanmoins grandissant va s’adonner à un genre bien particulier de vacances : le tourisme sexuel, aujourd’hui considéré comme le 3e commerce illégal par ordre d’importance dans le monde, juste après la drogue et les armes. Un sujet plus que jamais d’actualité. Le tourisme sexuel devient problématique lorsqu’on constate que les adultes soi-disant consentants sont victimes d’un véritable trafic dans lequel ils n’ont guère plus d’importance qu’un objet inanimé. Les dérapages sont nombreux, les conséquences parfois atroces, souvent inhumaines. Fléau par excellence du XXIème siècle, cette pratique se développe à un rythme inquiétant dans les pays pauvres. Elle entraîne chaque année dans la prostitution des centaines de milliers de personnes, dont une part non négligeable d’enfants.
Selon les estimations, deux à trois millions d’enfants sont victimes du tourisme sexuel dans le monde. Les « touristes » viennent principalement des pays développés (Europe, Etats-Unis, Australie, Japon, Corée). Pour mesurer l’étendue de ce phénomène, l’exemple de la discrète République dominicaine est des plus parlants. Selon l’Unicef, les touristes constituent 20 à 30% des clients des prostituées à Saint-Domingue, la capitale, et Santiago de los Caballeros, la deuxième ville du pays. Parmi les garçons et les filles qui se vendent, 30% auraient entre 12 et 15 ans. 25 000 enfants, dont 63% sont des filles, sont concernés par la prostitution. Le Maroc, la Tunisie et l’Egypte sont plus connus pour un tourisme essentiellement homosexuel. Les ÃŽles des Caraïbes, le Brésil, Madagascar, le Vietnam, le Cambodge, la Thaïlande, la Birmanie et Bali sont tous publics. Sans compter les nouvelles Républiques de l’Est, où il fait moins chaud mais où la vulnérabilité des adolescents et des enfants vivant dans les rues de Saint-Pétersbourg, de Bucarest, de Varsovie prend des proportions alarmantes. A chaque fois, c’est le dénuement d’une population qui profite au tourisme sexuel. A ces voyageurs qui ont les poches pleines et une morale à géographie variable.
Certains pays montrés du doigt, tels la Thaïlande, les Philippines et le Sri Lanka, ont adopté des lois très répressives. Les progrès enregistrés dans la lutte contre le fléau sont indéniables (conférence de Stockholm en 1996 et Yokohama en 2001, engagement des professionnels du tourisme, législation permettant de poursuivre dans son pays un ressortissant pour des délits sexuels sur des mineurs commis à l’étranger). Mais les condamnations sont très rares. Dans un pays comme la France, seuls cinq procès ont été entamés depuis 1994. Eloquent.

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