Dossier : «Passer à la vitesse supérieure»

ALM : Quelle appréciation faites-vous de la conjoncture politique marocaine ?
Ahmed Osman : Notre pays se trouve à la croisée des chemins: nous avons vécu depuis les années 60 un processus de démocratisation, qui a certes connu des progrès et des insuffisances, mais maintenant, compte tenu des multiples contraintes et défis, nous nous trouvons dans l’obligation de passer à la vitesse supérieure.
Dans quels domaines ?
Presque dans tous les domaines, mais puisque nous parlons du domaine politique, je crois fermement qu’il faut avant tout réconcilier le citoyen avec la chose publique. Cela ne peut se réaliser que par des réformes qui permettront une participation active du citoyen fondée sur la transparence totale. C’est pourquoi j’estime qu’il est du devoir de toutes les forces vives de la nation de s’impliquer avec conviction dans le projet de société moderne et démocratique initié par SM le Roi Mohammed VI.
On parle de remaniement gouvernemental, qu’en pensez-vous?
Tout d’abord, j’aimerai faire une remarque qui me paraît fondamentale : le remaniement ou le changement font partie des prérogatives royales. Ceci dit, j’ai mon point de vue concernant le gouvernement. Il résulte de ma modeste expérience au service du Trône et de mon pays, mais aussi de l’évolution de notre opinion publique dont la tendance actuelle est d’avoir un gouvernement, issu d’une coalition, qui doit être comptable devant les électeurs.
Vous avez déclaré dernièrement à la presse que le RNI était faiblement représenté au gouvernement. Ces déclarations ont suscité des remous au sein de certains partis politiques. Pourquoi à votre avis cette réaction hostile ?
Cette déclaration reprend une idée mûrement réfléchie depuis le gouvernement de 1998 : le RNI est sous-représenté dans les gouvernements qui se sont succédé. Mais nous avons estimé que dans l’intérêt de notre pays et pour assurer le succès de la nouvelle alternance nous avons accepté de faire des concessions. Nous ne pouvions faire autrement avec le premier gouvernement formé sous le règne de SM Mohammed VI. Or, la logique et les règles de la démocratie, que nous voulons développer davantage dans notre pays, exigent la prise en considération du poids politique de chaque parti dans le Parlement (avec ses deux chambres). Dans mon analyse, je n’ai pour souci majeur que l’intérêt de mon pays qui est considéré comme une expérience exceptionnelle. Que cela entraîne des remous dans certains partis, c’est leur affaire. Nous ne faisons pas la politique politicienne. Vous me demandez pourquoi cette réaction hostile. Et bien c’est à eux qu’il faut poser la question.
Les communiqués du PPS ont considéré les revendications du RNI et de la mouvance populaire comme un “dérapage” et une “atteinte à la stabilité institutionnelle”. Qu’en pensez-vous ?
J’ai comme devise de ne jamais rentrer dans des polémiques. Mais je peux vous dire que j’ai été surpris par les propos des instances dirigeantes du PPS. D’autant plus que le RNI, en tant que parti du centre, entretient d’excellentes relations avec toutes les mouvances. Et c’est pourquoi nous souhaitons voir la classe politique convaincue de la nécessité d’activer le processus des réformes pour assurer la stabilité des institutions, seules capables de faire face aux dangers qui guettent le Maroc.
Est-ce qu’il y a un débat entre les forces politiques pour engager ce processus de réformes ?
Pour être franc avec vous, les rencontres telles qu’elles ont été présentées n’ont pas eu lieu. Mais nous avons des contacts permanents avec plusieurs acteurs politiques, toutes tendances confondues.
A votre avis, le gouvernement a-t-il bien réagi à la suite du drame d’Al Hoceïma ?
Dans des catastrophes pareilles, ce n’est pas seulement un gouvernement qui réagit ou une partie ou telle autre.
Dans le cas d’Al Hoceima, je crois qu’il y a de quoi être fier avec la solidarité manifestée par tout le peuple marocain, le séjour de SM le Roi Mohammed VI dans la région pour superviser les opérations de secours, et réconforter les sinistrés ainsi que les familles des victimes. A cette occasion, je félicite la population d’Al Hoceïma et sa région pour sa disponibilité animée par son patriotisme dont elle a toujours fait preuve à travers l’histoire de notre pays.
Que pensez-vous de l’accord de libre-échange entre le Maroc et les Etats-Unis ?
Par principe, nous sommes pour le renforcement de nos relations avec les pays qui peuvent nous aider dans notre projet de développement, surtout quand il s’agit d’un pays ami, en l’occurrence les Etats-Unis d’Amériques.
En ce qui concerne l’accord, en lui-même, je considère que c’est un acquis.
Mais il faut mettre à profit les avantages qu’il présente pour commencer de grands chantiers pour une mise à niveau et préparer une stratégie et un programme concrets. Pour votre information, le RNI a organisé une campagne de sensibilisation, et d’explication auprès de ses militants, membres des chambres d’agriculture et des autres chambres professionnelles. Ce que nous souhaitons c’est que cet accord tienne compte des spécificités de notre économie et soit complémentaire à l’accord de même nature qui nous lie à l’Union européenne qui reste, malgré tout, notre voisin immédiat et notre premier partenaire économique.
Concernant l’affaire du Sahara, pensez-vous que le traité de Madrid sera réhabilité ? Si non, quelle solution envisageriez-vous?
J’ai toujours défendu le traité de Madrid parce que je considère qu’il a mis fin à la présence coloniale espagnole dans la région, au même titre que les traités qui l”ont précédé et qui ont permis de mettre fin à la présence espagnole dans d’autres parties du Maroc, comme par exemple Tarfaya (1958) et Sidi Ifni (1969) qui figuraient avec le Sahara dans le même dossier qui était présenté aux Nations unies dans les années 60. Le traité de Madrid le 14 novembre 1975 que j’ai eu l’honneur de signer au nom du Maroc doit être réhabilité et servir de base de règlement dans le cadre de la régionalisation préconisée par le Maroc. Celle-ci va permettre à tous les Marocains, en particulier nos compatriotes au Sahara, de gérer leurs affaires locales. Je vous rappelle que le RNI a toujours milité pour une régionalisation totale en prenant comme exemple l’expérience allemande des Lander en tenant compte des spécificités marocaines. Dans ce cadre, la réglementation doit signifier l’octroi de compétences élargies aux régions, à l’exception de celles qui relèvent de la politique générale de l’Etat comme la diplomatie et la défense nationale et les infrastructures essentielles.
Après l’attentat du 11 mars à Madrid, quel rôle peut jouer le Maroc dans la lutte contre le terrorisme ?
Les attentats perpétrés dans le monde ont montré que la stratégie terroriste est de choisir ses agents en fonction de leurs connaissances du terrain. Pour y faire face, nous adhérons totalement à une action internationale pour combattre le terrorisme et cela doit être conçu par une coopération étroite et efficace avec nos voisins européens, nord africains et du reste du monde arabe.
Cela exige de toutes les parties de dépasser tous ce qui retarde notre marche vers un espace géostratégique serein fondé sur la défense des intérêts mutuels. Dans un monde en ébullition, c’est la seule réponse qu’il faut. Aucun pays n’est à l’abri du terrorisme, donc, nous sommes tous concernés par ce fléau.
En cas de remaniement gouvernemental, quelles seraient vos revendications en terme de nombre de ministres et de portefeuilles ?
Ce que nous défendons comme je l’ai précisé au début de cet entretien, c’est le respect des règles de la démocratie; et cela exige que le gouvernement reflète le poids réel de chaque parti au sein des deux chambres du Parlement puisqu’elles ont pratiquement les mêmes prérogatives.
Comment se porte le RNI ?
Le RNI se porte bien. Et je suis fier du débat démocratique entre les militants de mon parti. Cela veut dire que nous avons une démocratie au sein de notre parti.
Ce qui nous habilite à défendre en toute légitimité les principes démocratiques dans notre pays. Et vous avez là l’explication de l’attrait exercé par notre parti sur les nouvelles générations qui rallient de plus en plus le RNI.

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