Dossier : «Terrorisme politique»

ALM : Que pensez-vous des dernières réactions du PPS, suite au communiqué émanant du Bureau politique de ce parti ?
Mohamed Abied : D’abord, je respecte leur déclaration à propos de leur ligne politique, quoique leur courant est tout à fait l’opposé du nôtre. Nous aurions bien aimé qu’il y ait un gouvernement harmonieux et homogène. S’ils veulent regrouper toutes les factions de la gauche, ce serait bénéfique pour tout le monde. Il y aura au moins une distinction entre les pôles politiques, comme en Espagne où le Parti socialiste vient de gagner les élections. Il ne l’a pas fait grâce à un mélange innommable. La gauche c’est la gauche, et la droite c’est la droite. Cela a toujours été notre position au sein de l’UC, nous l’avons défendu et nous continuerons de le faire. Depuis la création de l’UC, notre choix était socio-libéral. Finalement, nous découvrons que tout le monde utilise le libéralisme pour accéder au pouvoir. Ils sont devenus nombreux ceux qui se cachent derrière le libéralisme pour des fins conjoncturelles.
Ce qui fait que l’équation gauche-droite n’est pas claire au Maroc. Je crois que les gens du PPS ont senti l’imminence de la naissance d’un nouveau pôle renforcé par les affinités de ses composantes, d’où leur réaction. Qu’ils se défendent, je voudrais bien, mais de là à parler de l’avenir en essayant de faire comprendre à l’opinion publique que s’ils restent au gouvernement, tout ira pour le mieux et que dans le cas contraire, le pays sombrerait dans le chaos, je ne suis pas du tout d’accord. Personnellement, je qualifie cette attitude d’une sorte de terrorisme politique qui doit être farouchement combattu. Il faut croire en l’alternance. Je parle d’une vraie alternance, celle qui aurait dû être issue des urnes.
Vous voulez dire que c’est en quelque sorte le début de la fin pour ce gouvernement ?
Je veux dire que ce gouvernement n’a jamais été homogène depuis le lendemain des élections. La preuve irréfutable de ce constat a été perçue par tous les observateurs lors de la constitution des Conseils des villes. Et un gouvernement hétérogène est inéluctablement condamné à disparaître. Ce serait une perte de temps que de s’entêter inutilement. Voilà pourquoi moi je trouve qu’il faut qu’il y ait un changement et non seulement un remaniement. Tout simplement parce que ce gouvernement est dans l’incapacité de mener à bien sa mission pour les raisons que je viens de vous dire. Même un homme politique devrait être imbibé de fair-play et savoir reconnaître et accepter une réalité qui frappe aux yeux. Tenez, par exemple, le dernier tremblement de terre qui a frappé la ville d’Al Hoceïma a mis à nu cette réalité. Le gouvernement n’a rien fait. Heureusement pour ce pays qu’il existe un Roi courageux qui a rectifié le tir, en faisant le travail que le gouvernement était censé faire.
Vous parlez du gouvernement alors que c’est seulement le PPS qui a réagi ?
Je me demande si ce n’est pas un ballon d’essai pour voir les différentes réactions. Je constate que de temps en temps, un seul parti fait ce genre de sortie. D’ailleurs, c’est le PPS qui avait demandé le report des élections en septembre alors qu’elles étaient prévues au mois de juin. D’autre part, si les autres partis de la majorité ne se prononcent pas suite à la sortie du PPS, c’est qu’ils sont d’accord. Remarquez que les composantes de la Mouvance populaire ont une position claire. Je ne comprends pas l’attitude des autres partis de la majorité. Attendaient-ils que les socialistes gagnent les élections en Espagne pour dire qu’il nous faudrait un gouvernement aux mêmes tendances !!
A propos de tendances, l’UC se sent-elle plus proche, politiquement parlant, de la Mouvance populaire et du RNI ?
Pour nous, il n’y a pas de contradictions entre notre parti et les formations que vous avez citées. Vous m’auriez parlé d’un parti communiste ou socialiste, j’aurais dit NON, sans hésiter. Mais avec le RNI et la MPU, nous pouvons avoir certains points de vue différents. Cependant, nous avons plusieurs affinités communes, et nous avons déjà travaillé ensemble lors de précédents gouvernements. Ce qui n’est pas le cas pour la majorité actuelle. Ceci étant, nous avons de très bonnes relations avec l’USFP et le PPS, mais nous ne sommes pas du tout d’accord en ce qui concerne la ligne politique. Nous ne sommes pas contre ces partis, mais nous insistons sur le fait qu’il n’y a pas d’homogénéité. Nous voulons des pôles politiques clairs pour un nouveau Maroc. On ne peut parler de pôles conjoncturels. Ou on est socialiste et on le crie haut et fort, ou on est libéral et on le clame à haute voix. Je ne peux pas être libéral et travailler selon des principes socialistes et vice-versa.

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