Douar Sekouila : La mal-vie

Douar Sekouila. Ce nom des plus cocasse désigne un ensemble de bidonvilles dans les environs de Tit Mellil, vers la dernière sortie de l’autoroute Casa-Rabat, implanté sur une superficie de dix hectares et relevant de la commune d’Ahl Ghollam. Une petite piste à peine carrossable y mène. Dès l’entrée, des baraques et des bidonvilles à n’en plus finir.
Un autre monde. Une autre mentalité. Agressions, vols, délinquances et intégrisme font partie du quotidien ordinaire de ce douar. Petite localité, capitale de tous les vices et de la misère. On ne comprend pas s’il s’agit du périmètre urbain ou rural, d’un bidonville ou de la campagne. En réalité, c’est tout cela en même temps. Dans les parages de la zone industrielle, des baraques construites de matériaux récupérés, bidons, tôles, caisses, planches, cartons goudronnés et vieilles bâches. Mais il y a également des maisons construites anarchiquement en béton, parfois sur deux étages.
Les rues et les ruelles qui séparent les habitations sont ornées de détritus, des sacs noirs en plastique pleins d’ordures ménagères et du crottin des bêtes : ânes, chevaux et mulets. Car plusieurs habitants vivent des revenus que leurs rapportent les charrettes et les carrioles tirées par ces bêtes et qui font office de transport public. Les odeurs nauséabondes dégagées par cet état de choses agressent l’odorat des habitants. Généralement, on accède à la baraque par une petite porte en bois ou en tôle. Le cadenas ou le système de fil barbelé servent souvent de serrure.
Cette petite porte débouche, dans plusieurs cas, sur un couloir très étroit, où l’on range les ustensiles de cuisine, les accessoires en usage dans le transport de la charrette, et deux petites pièces. Dans ce petit monde anarchique plein de contradictions, la civilisation n’existe qu’à travers les antennes des paraboles installées au-dessus des baraques.
Presque tout le monde est connecté à l’extérieur. Les paramètres de pauvreté, l’oisiveté et l’analphabétisme qui caractérisent cette misérable localité ont favorisé le climat à l’intégrisme.
Dans ce douar, les extrémistes sont très actifs sur le terrain, mettant à profit tous les maux de la société qui sévissent dans cette localité. Ils ont construit, et sans autorisation du ministère des Affaires islamiques et des Habous, par l’intermédiaire d’une association de bienfaisance, leur propre mosquée au bloc numéro 6.
Le petit minaret de la mosquée en question est visible de l’extérieur. Et c’est là où se font les prêches, l’enracinement de leur idéologie et où se véhicule un discours obscurantiste. Depuis la découverte du corps d’un jeune notaire, enlevé et égorgé le 11 septembre 2001, dans un puits, par Youssef Fikri du mouvement « Al Hijra Oua Takfir», qui a avoué devant le juge d’instruction qu’il l’ont assassiné parce qu’il s’agissait d’un impie, les projecteurs sont braqués sur ce bidonville.
Les autres pauvres habitants ne savent plus à quel saint se vouer. Lors des élections législatives du 27 septembre dernier, ils ont voté pour Mohamed El Gahs, de l’Union socialiste des forces populaires (USFP).
Pendant la campagne électorale, accompagné des militants et des sympathisants de sa formation politique, il a visité les lieux en question, rose au poing. Ils lui ont exposé leurs problèmes et leurs souffrances quotidiennes. «La vie de ces gens est en perpétuel chantage. On les exploite dans les élections locales.
Ils vivent dans des conditions très difficiles, inhumaines. : la densité démographique, l’insalubrité de l’habitat, les vices sous toutes leurs formes, l’insécurité», souligne le jeune député, en précisant qu’une partie des problèmes devait se régler au niveau local. Pour cela, estime-t-il, les habitants sont appelés à prendre leur quartier en main, en choisissant lors des prochaines élections communales des gens intègres capables de gérer leurs affaires locales dans les règles de l’art. Et de préciser que la question est inscrite sur son agenda de député.

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