Dr Mohamed Bennis : «30% des rhinitiques peuvent avoir de l’asthme»

Dr Mohamed Bennis : «30% des rhinitiques peuvent avoir
de l’asthme»

ALM : La rhinite est-elle d’origine pollinique ?
Dr Mohamed Bennis : Depuis quelques années, on observe une recrudescence préoccupante des pollinoses dans le monde. Si pour certains les beaux jours sont synonymes de promenades et de gaieté. Pour d’autres, dès que la nature fleurit, il y a un cortège de symptômes rhino-conjonctivales parfois sévères et handicapants qui viennent émaillé leur vie de tous les jours.
La rhinite est de plus en plus fréquente. Elle n’est pas obligatoirement d’origine pollinique. Il existe plusieurs origines, en l’occurrence les composants de la poussière de maison tels que les acariens qui sont très présents à Casablanca, les cafards ou les moisissures.

Quels sont les signes cliniques?
Les signes cliniques de la rhinite sont les éternuements et ce de manière répétitive durant la journée. On constate qu’ils sont plus fréquents le matin. Toutefois, les éternuements peuvent subvenir durant la journée si on présente des allergies au pollen et que l’on se promène dans la forêt ou dans les jardins. A côté des éternuements, il y a l’écoulement nasal (antérieur ou postérieur). Parmi les autres signes cliniques, on trouve le prurit . On peut se gratter le nez, les yeux ou l’oropharynx. Ces signes apparaissent durant la première période de l’allergie que l’on appelle la période sthénique contrairement à la période asthénique où les patients peuvent avoir une obstruction nasale. Celle-ci peut se faire d’un côté ( cas le plus fréquent) ou des deux côtés. Autres signes : la perte de l’odorat. Au début, on peut avoir un odorat très développé et avec le temps une hyposmie peut s’installer, c’est-à-dire une perte partielle de l’odorat. On peut également avoir une conjonctivite. Quand la personne présente ses différents signes cliniques, elle doit aller consulter le médecin.

Comment s’effectue le diagnostic ?
La première étape du diagnostic est l’interrogatoire. Le médecin interroge le patient sur la fréquence des symptômes, les éventuelles complications, les facteurs déclenchant et l’environnement… 30% des rhinitiques peuvent avoir de l’asthme. Le médecin va examiner le malade et l’examen va l’orienter sur la qualité de la muqueuse nasale, la conjonctivite si elle est présente et sur la gêne respiratoire.Vient ensuite le bilan. Le test le plus fiable est le «Prick test» ou teste cutané. Ce test se fait par les prick qui sont des gouttes de différents allergènes que l’on applique sur l’avant-bras. Les zones de peau qui deviennent rouges et piquent renseignent sur les allergènes responsables. La lecture des résultats se fait 15 minutes après la réalisation du test. Le test doit être réalisé par un spécialiste. Il faut savoir piquer la personne sans la faire saigner, savoir appliquer les témoins ( positifs et négatifs) pour voir la réactivité de la peau. Les gens ne réagissent pas de la même façon. Parfois certaines personnes prennent des médicaments avant de faire le test, ce qui inhibe le résultat. Le patient ne doit prendre aucun médicament avant de réaliser le test. Il y a des médicaments qu’il faut arrêter la veille, d’autres 5 ou 6 jours avant l’examen. Il faut éviter d’appliquer des pommades sur la peau, ce qui peut inhiber le test. Par contre, on peut être sous traitement de corticoïdes et faire le test cutané. En fonction de la réaction, on parlera d’allergie aux acariens, aux cafards, aux moisissures ou une pollinose.

Qu’est-ce que la pollinose ?
La recrudescence des pollinoses se fait pendant la période de pollinisation. A noter qu’il y a des pollinisations qui sont très courtes dans la durée : 15 à 20 jours. D’autres qui au contraire durent plusieurs mois. Ce n’est pas parce qu’une personne a un problème de rhinite en juin qu’il faut automatiquement penser à une pollinose. Cela peut être dû à la moisissure. Il existe trois grandes familles végétale de pollen allergisant : les arbres, les graminées et les herbacés (herbes sauvages). Une pollinose est une réaction allergique causée par le pollen de certains arbres, plantes, herbacées et graminées.Les types de pollen responsable des rhinites allergiques appelés aussi « rhume des foins » peuvent varier selon les régions et les saisons. Les rhumes de foins se manifestent par trois signes toujours présents : le nez qui coule le nez bouché et les éternuements voire la conjonctivite.

Quelle est la relation entre pollinose et pollution atmosphérique?
L’allergénicité s’explique à la fois par les modifications de structure.Sous l’effet de la pollution ou de certaines conditions climatiques (les orages). Pendant la période des orages, il y a une recrudescence des signes cliniques, voire des crises sévères d’asthme. Cela s’explique par le fait que les grains de pollens sont fractionnés et deviennent par conséquent plus respirables. Ils pénètrent plus facilement dans le nez et les bronches. A cela vient s’ajouter un taux plus élevé d’ozone dans l’air ambiant et une exposition plus longue des individus à ces mêmes pollens, les saisons polliniques étant plus précoces.
Les effets conjugués de la pollution d’une part qui favorise la suspension de l’ozone, des particules de benzène de dioxyde de soufre ou d’azote dans l’air, et l’activité humaine d’autre part (construction ferroviaire, industrie, agriculture)et les polluants à l’intérieur de la maison (détergents…) qui facilite leur dispersion. Le pouvoir irritant des particules altère la muqueuse respiratoire et facilite la pénétration des grains de pollens dans les narines et dans les bronches et crée une synergie d’action à l’origine d’une gêne respiratoire, d’une toux, de maux de gorge, de tête, d’une irritation des yeux, d’un écoulement nasal, voire d’une crise d’asthme.

Qu’en est-il des traitements ?
Le traitement commence par l’hygiène. Il faut éviter de sortir pendant la période de pollinisation dans les endroits propices (jardins, forêts…). Il faut apprendre à se laver le nez, et ce de manière quotidienne. Il faut éviter les irritants: la fumée de cigarette, les insecticides… Il est important de pratiquer du sport (en salle ou au bord de la mer). Je préconise davantage les traitements locaux. Si la pollinose est importante et devient handicapante, on a alors recours à l’immunothérapie spécifique ou désensibilisation. Elle permet de diminuer « les anticorps » responsables de l’allergie. Il existe l’immunothérapie spécifique par voie injectable dont l’usage est très fréquent au Maroc. La voie orale se présente sous forme de gouttes que l’on met sous la langue tous les jours pendant une durée de 3 ans. L’immunothérapie est le seul traitement de fond qui peut guérir l’allergie.

L’immunothérapie spécifique
L’immunothérapie spécifique ou désensibilisation se définit par l’administration régulière au patient de l’allergène auquel il est sensibilisé. Le but est d’apprendre à son système immunitaire à le tolérer. La désensibilisation doit être pratiquée précocement et suivie de manière régulière. L’OMS recommande de suivre le traitement pendant une durée de trois ans au minimum.L’immunothérapie spécifique présente deux avantages. D’une part, elle permet une réduction des symptômes et du recours aux médicaments symptomatiques. D’autre part, elle diminue le risque de développer un asthme. Plusieurs études ont révélé que ce traitement permet d’obtenir d’excellentes réponses thérapeutiques chez les patients souffrant d’asthme et de rhinites d’origine allergique.

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